Des habitants de Creully (Creully sur Seulles) de sortie...

Des personnages.... Des souvenirs avant d'embarquer sur un bac pour traverser la Seine.

Rameau de pommier de Noël, rameau d’espérance

 

La nuit de Noël étendait son manteau d’étoiles sur les campagnes normandes endormies, et le gel argentait les branches des pommiers comme une bénédiction discrète. Dans les hameaux perdus, où les traditions se chuchotent de génération en génération, les jeunes filles aux joues rosies par le froid et l’espoir revenaient de la messe de minuit, le cœur battant à l’unisson des cloches lointaines. Leurs doigts gourds effleuraient les rameaux des arbres, et chacune d’elles en choisissait un, qu’elle glissait dans une fiole d’eau pure, suspendue ensuite à sa fenêtre comme une offrande au destin. « Si un seul bourgeon s’ouvre avant Pâques, disait la légende, l’année verra naître un amour. » On nommait cela une Pâque fleurie, ce fragile présage où la nature elle-même semblait conspirer en faveur des rêves les plus secrets.


Parmi les ombres mouvantes d’un château, forteresse médiévale, près de Caen, vivait Pauline, une jeune Bretonne au visage pâle et aux yeux clairs comme les ruisseaux de son pays. Son pas était léger, sa voix douce, et son âme aussi pieuse que celle d’une sainte. Mais le sort, en sa cruauté, lui avait imposé une bosse, ce fardeau invisible qui alourdissait chaque regard posé sur elle. Les autres servantes la toisaient, mi-amusées, mi-méprisantes, et Pauline, résignée, portait sa différence comme une pénitence. Pourtant, en son for intérieur, elle gardait intacte la flamme d’un espoir têtu.

Cette nuit-là, tandis que ses compagnes, insouciantes, regagnaient leurs chambres en riant, elle s’attarda sous les pommiers noirs, leurs silhouettes découpées dans la lune comme des sentinelles veillant sur les rêves. D’un geste furtif, elle détacha un rameau, le serra contre sa poitrine et murmura une prière. « Seigneur, si Vous existez, faites que cette branche fleurisse… » Puis, le cœur battant, elle la déposa dans une fiole qu’elle déposa près de la fenêtre de sa chambre, comme un secret confié à la nuit.

Mais les murs ont des oreilles, et les cœurs légers aiment à se repaître des faiblesses d’autrui. Une langue venimeuse divulgua son geste, et bientôt, l’office entier se gaussa de la « folle bossue » et de sa crédulité. « Une Pâque fleurie ? Pour elle ? » Les rires claquaient comme des fouets, et Pauline, les joues brûlantes, feignait de ne pas entendre. Elle priait, encore et toujours, les mains jointes, les yeux levés vers le rameau qui refusait de s’éveiller.

Le samedi saint, alors que l’espoir de Pauline s’étiolait comme la branche dans son eau, un des jardiniers, complice d’une farce cruelle, substitua au rameau fané une tige constellée de fleurs roses, aussi artificielles que les sourires qui allaient bientôt se moquer d’elle. Quand, au matin, elle découvrit le « miracle », son visage s’illumina d’une joie si pure, si radieuse, qu’on aurait cru voir un ange descendre sur terre. « C’est un signe ! » s’exclama-t-elle, les yeux brillants, serrant contre elle le bouquet comme une preuve de la clémence divine.

Mais les moqueurs guettaient. À peine eut-elle franchi le seuil de l’office que les éclats de rire explosèrent, les quolibets pleuvaient, et les regards se firent plus durs que la pierre. « Regardez-la, la bossue ! Elle croit encore aux contes ! » Les larmes montèrent aux yeux d’Pauline, grosses, silencieuses, roulant sur ses joues comme des perles trahies. C’est alors que la porte s’ouvrit, et la châtelaine apparut, son visage noble empreint d’une colère froide. « Assez, » dit-elle d’une voix qui fit taire les rires. La lingère, honteuse, lui avait tout raconté : la cruauté du jeu, la naïveté de Pauline, et cette foi inébranlable qui, malgré tout, persistait.

S’avançant vers la jeune fille, la dame du château prit délicatement le rameau fleuri et y enroula un billet de mille francs, avant de le lui tendre avec une gravité solennelle. « Pauline, » dit-elle, « cette Pâque fleurie ne vous aura pas menti. Vous êtes une âme honnête, et le bonheur vous est dû. Puisse cette dot vous ouvrir les portes d’un avenir où l’on saura vous aimer comme vous le méritez. »

Les jours qui suivirent virent le jardinier, honni pour sa participation à la mystification, tenter de racheter sa faute en demandant la main de Pauline. Mais celle-ci, avec une dignité qui surprit jusqu’à ses bourreaux, refusa poliment. « Mon cœur, » murmura-t-elle, « a déjà choisi un autre chemin. »

Et c’est ainsi que Pauline, la bossue au sourire timide, devint la preuve vivante que les miracles existent — non pas dans l’éclat des fleurs trompeuses, mais dans la résilience de ceux qui, malgré les railleries du monde, osent encore croire en la douceur de la vie. Car parfois, il suffit d’un rameau, d’une larme, et d’un peu de lumière pour que l’impossible devienne réalité.

 

Nos bêtes nous informent...

Dans un petit village perdu au cœur du Calvados, là où les collines douces se marient aux vieux pommiers et où le vent murmure des secrets à travers les haies bocagères, un étrange livret vient d’être distribué aux habitants. Son titre, Lectures choisies pour les campagnes, de Louis Halphen, résonne comme une invitation à redécouvrir les mystères de la nature, ces signes subtils que le ciel et la terre offrent à ceux qui savent encore écouter. Parmi les pages jaunies par le temps et l’odeur de foin, un chapitre attire particulièrement l’attention : celui qui enseigne l’art délicat de décrypter les présages de la pluie. Car, voyez-vous, la pluie n’arrive jamais sans avertir. Elle s’annonce, telle une voyageuse discrète, par une symphonie de gestes et de murmures que seuls les cœurs patients et observateurs peuvent percevoir.

L’auteur, avec la minutie d’un peintre décrivant les nuances d’un coucher de soleil, dresse une liste de ces signes, si curieuse, si savoureuse, qu’il serait dommage de la laisser sombrer dans l’oubli. Alors, laissez-moi vous conter, comme on raconte une légende au coin du feu, ces augures qui font frissonner les campagnes avant que les premières gouttes ne viennent caresser la terre assoiffée.

Les messagers à cornes et à poils D’abord, il y a les hôtes à cornes, ces nobles vaches aux regards profonds, qui soudain lèvent leur museau vers le ciel, les naseaux frémissants, comme si elles
humaient l’humidité lointaine. Puis, d’un mouvement lent et solennel, elles se blottissent dans un coin reculé du pré, ou cherchent refuge sous les hangars de bois vermoulu, comme si une intuition ancienne les poussait à se préparer. Leurs flancs massifs frôlent l’herbe avec une lenteur inhabituelle, et leurs yeux, habituellement si calmes, semblent interrogateurs.


Les gardiens des pâturages
Les moutons, d’ordinaire si insouciants, résistent soudain à s’éloigner des pâturages. Leurs pas traînent, leurs bêlements deviennent plus sourds, comme s’ils pressentaient que l’herbe, bientôt, sera lourde de rosée et de pluie. Ils restent groupés, têtes basses, comme un troupeau de sages attendant l’orage.

Les capricieuses et les têtus Les chèvres, ces espiègles des
collines, abandonnent leurs jeux et se pressent vers les abris, leurs sabots légers frappant le sol avec une hâte inhabituelle. Quant aux ânes, ces philosophes à longues oreilles, ils se mettent à braire avec une insistance étrange, secouant leurs oreilles comme pour chasser un pressentiment importun.


Les fidèles compagnons du foyer
Autour des maisons, les chiens, d’ordinaire si vifs, se lovent contre la pierre chaude de l’âtre. Leurs yeux mi-clos, leur respiration lente trahissent une somnolence inhabituelle, comme s’ils rêvaient déjà du crépitement des gouttes sur les tuiles. Ils ne quittent plus le foyer, comme si le feu était le dernier rempart contre l’humidité qui s’annonce.

Les félins et leurs rituels Et que dire des chats ? Ces seigneurs indépendants, qui d’ordinaire tournent le dos au monde, se mettent soudain à nettoyer leur museau avec une application méticuleuse, le dos délibérément tourné aux flammes. Leur toilette devient un rituel, presque une incantation pour conjurer l’humidité qui pointe à l’horizon.


Les volatiles et leurs concerts
Le coq, ce réveille-matin infatigable, se met à chanter à des heures indues. Ses cris perçants déchirent le silence, et ses ailes battent l’air avec une frénésie qui n’appartient qu’aux soirs de tempête. Les canards et les oies, d’ordinaire si paisibles, élèvent la voix en un concert désordonné, comme s’ils se passaient un message secret. Le coq d’Inde, lui, pousse des gloussements aigus, interminables, comme un héraut annonçant l’arrivée d’un roi invisible.

Les assemblées bruyantes Les moineaux, ces petits diables ailés, s’agglutinent sur le sol ou dans les haies, leurs cris perçants fusant en tous sens. Ils semblent tenir conseil, comme s’ils s’apprêtaient à affronter un ennemi commun. Les hirondelles, ces danseuses du ciel, rasent la terre de leurs vols agiles, plongeant parfois la pointe de leurs ailes dans l’eau des flaques. Les mouches, leurs proies, volètent bas, prisonnières de l’air lourd qui précède l’averse.

Les solitaires et les discrets La corneille noire, solitaire et mystérieuse, croasse avec une
insistance lugubre, comme si elle pleurait déjà la lumière qui va s’éteindre. Les poules d’eau, habituellement si discrètes, se plongent dans les mares avec une frénésie inattendue, se débarbouillant avec une énergie qui semble presque joyeuse.


Les travailleurs de l’ombre
Sous terre, la taupe redouble d’ardeur, creusant ses galeries avec une fièvre nouvelle, comme si elle voulait achever son œuvre avant que la terre ne devienne boue. Les crapauds, par dizaines, sortent de leur retraite, leurs corps ventrus glissant sur le sol humide. Les grenouilles, assises sur leurs feuilles, coassent en chœur, leur chant monotone résonnant comme un compte à rebours.

Les visiteurs inattendus Les chauves-souris, ces créatures de la nuit, poussent des cris aigus et s’aventurent jusqu’aux fenêtres des maisons, comme si elles cherchaient un abri contre le déluge à venir. Les oiseaux chanteurs, d’ordinaire si fiers, se blottissent dans les branches, leurs plumes gonflées par l’humidité naissante. Même le rouge-gorge, si farouche, ose s’approcher des habitations, comme pour quémander un peu de chaleur humaine.


Les danseurs du vent
Les cygnes domestiques, majestueux et blancs, s’élèvent dans les airs et volent contre le vent, leurs ailes déployées comme des voiles défiant la tempête. Leurs battements puissants semblent vouloir dompter les éléments avant qu’ils ne se déchaînent.

Les infatigables ouvrières Les abeilles, ces laborieuses, quittent leur ruche avec prudence. Leurs vols deviennent courts, circonspects, comme si elles craignaient de s’éloigner trop longtemps de leur reine. Les fourmis, elles, s’affairent autour de leurs œufs avec une agitation fébrile, transportant leurs précieux fardeaux vers des lieux plus sûrs.


Les insectes et leurs folies
Les mouches, d’ordinaire si paresseuses, deviennent soudain agressives. Elles piquent, tournent en essaims tumultueux, comme si l’électricité de l’air les rendait folles. Les vers sortent de terre, leurs corps roses et luisants traçant des sillons sur le sol. 


Et enfin, les grandes limaces, ces créatures visqueuses, apparaissent en nombre, laissant derrière elles une traînée argentée, signe incontestable que la pluie n’est plus très loin.

Ainsi, la nature toute entière semble retenir son souffle, chaque créature jouant son rôle dans cette symphonie silencieuse qui précède l’averse. Et quand enfin les premières gouttes tombent, légères, sur les feuilles et les toits, on comprend que tout cela n’était qu’un long prélude, une danse secrète entre la terre et le ciel.

 

Le marché de Bayeux en 1956 un extrait d'un film retrouvé... (suite)

Deux nouveaux extraits du film de Pierre Salez. Laissez-vous transporter, le temps de quelques images, vers le marché à bestiaux du mardi de Bayeux, tel qu’il s’offrait aux regards émerveillés de nos ancêtres… en 1956.

 

Le marché de Bayeux en 1956 un extrait d'un film retrouvé...

Pierre Salez, habitant des bords de la Seulles à Creully, nourrissait une passion dévorante pour le septième art. L’année 1956 marqua un tournant dans sa vie, lorsqu’il osa saisir sa caméra pour immortaliser, dans un film intimiste, les méandres de cette rivière qui serpentait au cœur de son village natal.

Les décennies s’écoulèrent, emportant avec elles les traces de cette œuvre oubliée. Mais le destin, complice des rêveurs, me permit, après des années d’une quête acharnée, de retrouver ce trésor enfoui dans les limbes du temps.

Aujourd’hui, c’est avec une émotion profonde que je vous convie à en découvrir un extrait. Laissez-vous transporter, le temps de quelques images, vers le marché animé de Bayeux, tel qu’il s’offrait aux regards émerveillés de nos ancêtres… en 1956.



 

Les séminaristes au petit-séminaire de Villiers le Sec (Creully sur Seulles).

 Depuis 1820, un séminaire fut présent sur les terres de Villiers le Sec, non loin de Creully.

Chaque année a lieu la distribution des prix qui commence toujours par l'allocution du Supérieur : "Il est des vérités que l’on ne saurait trop répéter, parce qu’elles sont le principe du bien que nous pouvons opérer dans le fieu de notre exil, et du bonheur qui nous attend, après notre passage dans notre patrie. Ne soyez donc pas surpris si, au moment de terminer vos travaux de l’année, je viens encore vous parler du bon emploi du temps. Vous allez, il est vrai, recevoir les couronnes, prix de vos efforts, et jouir d’un repos nécessaire; mais de nouvelles luttes se préparent et réclament une nouvelle ardeur. Vous voudrez donc bien prêter encore un moment d’attention aux dernières leçons dé l’amitié...."







La chapelle

Voici le document qui indique les conditions d'entrée au petit séminaire de Villiers le Sec.

La boucle du ceinturon des séminaristes

Creully sur Seulles - La pompe à eau retrouvée...

En me garant rue de Bayeux, à Creully, je suis passé devant l’ancienne gendarmerie. À ma grande surprise, j’y ai aperçu une vieille pompe, vestige d’une époque où les habitants n’avaient pas encore accès à l’eau courante ou n’étaient pas encore raccordés au réseau. J’ai alors pris la liberté de l’immortaliser en photo et d’enquêter sur son histoire en fouillant dans ma collection de documents anciens consacrés à ma commune natale.

Une ancienne photo nous permet de constater un puit appelé "puit à la colonne". (Collection personnelle de Michel F.)
Sur proposition du Maire, il fut décidé en 1865 de remplacer ce puit par une pompe.

L'arrivée de la fée électrique

Le 13 mars 1880, le Conseil municipal, fut appelé à délibérer sur la question d’installation de réverbères dans le bourg de Creully, décidée par le conseil dans sa séance du onze février dernier.

Monsieur le préfet ayant demandé, par sa lettre du 18 du même mois de février, communiquée au Conseil par Monsieur le Maire, à ce que les ressources applicables à la dépense d’installation soient votées.
Le Conseil, examinant sur des emplacements où les réverbères devraient être placés pour éclairer suffisamment toute la partie du bourg, est d’avis que dix réverbères seraient suffisants.
Et attendu que d’après les renseignements fournis au Conseil par une maison
spéciale d’éclairage, la dépense d’installation s’élèverait au chiffre de mille francs d’après un devis rédigé par Monsieur le Maire, d’après les données de la maison d’éclairage Léon Luchaire, rue Erard, N° 27 et 28, à Paris.
Le Conseil vote pour faire face à ces dépenses une somme de mille francs à prélever aux réserves de celle portée éventuellement à cet effet au budget extraordinaire de l’année mil huit cent soixante-dix-neuf, article 15, votée sans emploi jusqu’à ce jour.

Avec l'arrivée de la fée électrique, elle sera surmontée d'un lampadaire.

Elle est toujours en place après 1920 mais le point d'éclairage a disparu.

Avec l’apparition de l’eau courante dans les foyers, elle fut finalement délaissée. On la retrouva, immobile et silencieuse, devant l’atelier de serrurerie de Monsieur Marie, comme un vestige d’un autre temps.

Villiers le Sec (Creully sur Seulles) - Une nouvelle école choisie par Amours

En 1765, devant Antoine Du Ruel, notaire à Tracy, Olivier d'Amours, écuyer, seigneur de la paroisse de Villiers-le-Sec, fit don de maisons et pièces de terre, pour la fondation d’une école en ce village, afin d’instruire tous les enfants de la paroisse qui voudront y aller.
Un texte retrouvé aux Archives du Calvados précise les conditions:
Il est nécessaire de choisir un homme de bonnes mœurs, capable de s'acquitter de la fonction de maître d’école avec fruit et édification. Il sera nommé et établi par un acte en forme par le donateur sa vie durant et après par le propriétaire du fief de Villiers.

Emplacement de l'école
Le sujet choisi devra être "de l’état laïque, doué des qualités de la dite fonction"; on ne pourra en aucun temps, ni sous aucun prétexte, établir un ecclésiastique "de quelque qualité et mérite qu'il puisse être orné", parce que le logement, les honoraires, fonds et revenus, sont trop modiques pour une personne de l’état ecclésiastique, et parce que les personnes de cet état sont destinées à des fonctions plus nobles et plus distinguées, parce que cette fonction bien exercée pourrait être un obstacle à un ecclésiastique de s’acquitter des devoirs de son état, parce que le respect dû aux ecclésiastiques, faisant une juste et respectueuse impression sur les esprits, pourrait arrêter les justes plaintes et leur effet, et ce respect mal entendu pourrait faire préjudice à l’instruction des enfants. Il n’en serait pas de même à l’égard d’un laïc qui laisserait une plus grande liberté de se plaindre; en cas d’inexécution de cette clause, dévolution aux paroissiens, dont  intéressés à ce choix, par rapport à leurs enfants, du consentement au moins présumé des autres intéressés,
L'école, rue de Bayeux
choisiraient le maître d’école. Celui-ci peut être révoqué pour cause d'ignorance, de négligence marquée, injustes et graves traitements envers les enfants (sans cependant préjudicier au droit, liberté et même devoir du maître d’école pour les punir, corriger et assujettir à l’heure réglée), ou pour conduite scandaleuse, après délibération et exprès vouloir du seigneur et de 4 principaux habitants intéressés; les écoliers auront toujours pour leur maître le respect et l'obéissance juste et raisonnable ; si quelqu’un y manquait notablement et persévéramment, le maître pourrait cesser de l’instruire et faire sortir de sa classe sans qu’on puisse en inférer rien contre lui, ni lui imputer rien de mauvais; en donnant bon exemple à ses écoliers et écolières, il les exhortera aussi à vivre chrétiennement, leur apprendra à lire au français et au latin, ainsi qu’aux écritures manuscrites, à écrire, compter et calculer autant que chacun d’eux sera capable d’en profiter et que son esprit et son intelligence en pourront porter; si la santé, la voix, les affaires et autres motifs raisonnables le lui permettent, il aidera les dimanches et fêtes à célébrer l’office divin à l’église paroissiale, mais il ne pourra être custos de la fabrique, ni employé pour l’administration des sacrements, afin de n’être pas distrait des devoirs et fonctions de son office ; si sa bonne volonté et le temps le lui permettent, il fera le catéchisme à ses écoliers. Il emploiera l’espace de temps convenable, eu égard au nombre d’écoliers, le matin et l’après-midi de chaque jour; il recevra les garçons de 5 à 18 et les filles de 3 à 12 ans : après cet âge il sera libre de les garder ou expulser. Il y aura vacance pendant le mois d’août et la semaine sainte, et l’après-midi du samedi de chaque semaine, dans les semaines où il n’y aura pas de fête. Il ne percevra rien des écoliers pour ses peines et fonctions.


Le dit seigneur donne une salle pour tenir l’école, fermant à porte et serrure, avec des fenêtres garnies de châssis remplis de verre et de treillis de fil de fer en dehors de ladite salle, garnie en dedans d’une table de 13 pieds de long sur 3 de large, et au-dessous, entre les pieds, 2 planches de 10 pieds au moins de long, pour déposer les papiers des écoliers ; il y a 3 bancs de 12 pieds environ de long aux côtés de la table, et des sièges de bois tout autour de la salle avec des planches au-dessus contre les murs, également pour déposer les livres des écoliers, une armoire de bois de chêne, fermant à clef et serrure, attachée contre le mur, et une chaise à bras, ou fauteuil enfoncé de paille, pour l’usage du maître d’école ; au dehors de ladite salle, 2 pieds de largeur de terrain sur l’étendue de la salle, servant de passage avec le voisin, la cour, la salle et étable avec grenier se tenant ensemble, dont le maître d’école ne pourra rien affermer, la moitié du jardin potager sis derrière la maison de l’école et du voisin, 2 sillons de terre avec pommiers à Villiers-le-Sec, delle des Crottes-Hamelin, contenant environ 5 vergées, avec les héritages de 2 vergées ½ en 2 sillons paroisse du Manoir, 80 livres de rente foncière, assise à Vaussieux, 10 livres de rente foncière, assise à Villiers-le-Sec, 23 livres de rente foncière, assise audit Villiers-le-Sec. Si les paroissiens refusent de faire les grosses réparations, le maître d’école leur signifiera qu’il les fera à ses frais et dépens , parce que pour s'en faire récompenser il fera payer par les parents des écoliers 6 sols par mois pour les lecteurs et 8 pour les écrivains, jusqu’à remboursement; il cessera d’instruire ceux qui ne voudront payer ledit écolage. En cas d’élection d’un maître d'école choisi autrement qu’en les formes susdites, sans le consentement du seigneur, substitution au bénéfice des pauvres malades de l’Hôpital de Bayeux, pour fondation d’un lit auquel le seigneur nommera.

Creully sur Seulles - Début des années 1900 - La colonie du Saint Esprit de Creully.

Dans ma collection : un collector de 10 cartes postales qui était donné aux garçons de la colonie. La photo ci-dessous a été prise dans le jardin derrière la mairie actuelle.

Des garçons de la colonie devant l'entrée du château sur la place (à droite le kiosque).

Une lettre rare postée au bureau de "poste aux lettres" de Creully en février 1841

 Les départements français ont été créés pendant la Révolution pour remplacer les anciennes provinces jugées inégales et trop liées à l’Ancien Régime. En décembre 1789, l’Assemblée décide d’une nouvelle organisation du territoire ; en février 1790, la France est divisée en 83 départements de taille comparable, portant des noms géographiques. L’objectif : égalité, simplicité administrative et fin des privilèges provinciaux.

Le département du Calvados porta donc le N°13.

À la chute de l'Empire en 1815, le nombre de départements français est porté à 86 ; les trois départements supplémentaires par rapport à ceux de 1790 sont : le Vaucluse, le Tarn-et-Garonne construit sur des portions de départements voisins et la Loire issue du département Rhône-et-Loire qui devient le Rhône.


En 1860, le rattachement de nice (Alpe-Maritime) et de la Savoie (Duché de Savoie)  partagée entre les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie conduit à un total de 89 départements.

Le Calvados devint le N°14.

La numérotation des départements a apporté une rationalisation et une efficacité accrues au système postal français, tout en laissant une trace durable dans l’.

Les cachets postaux ont évolué pour inclure non seulement le numéro du département, mais aussi la date et parfois le nom de la commune. Cela a permis de tracer l’historique du passage du courrier.

La marcophilie désigne l’étude des marques et des oblitérations postales. Les  marcophiles, passionnés qui s’intéressent aux marques postales de collection et les collectionnent sont à la recherche de pièces rares. En particulier les erreurs de libellé dans les timbres à date.

Le catalogue Chevalier, spécialiste en marcophilie, mentionne Creully (12) en type 14 de janvier à mars 1841, avec un indice de valeur important vu la brièveté de l'erreur. 

En effet le bureau de "poste aux lettres" de Creully, qui se trouvait dans la rue descendant de la place de l'église au bief de la Seulles, reçu un cachet postal avec le N°12 pour le département du Calvados qui je le rappelle avait le N°13.


Heureux collectionneur, je possède moi-même une lettre frappée de ce cachet erroné, datée du 9 février 1841.




Creully sur Seulles - Le curé de Villiers le Sec et les paroissiens récalcitrants.

Eglise de Villiers le Sec
Un courrier consulté aux Archives Départementales du Calvados nous montre qu'en 1804  le report de la fête de l'Epiphanie n'a pas satisfait les paroissiens de Villiers le Sec.

De Villiers le Sec le 20 de janvier 1804.

Monsieur,

Je n’entrerai point dans de trop longs détails sur le fait que je suis obligé de vous raconter par la présente lettre : vendredi six janvier il a plu à plusieurs habitants de Villiers le Sec de sonner la cloche après dîner et de chanter des psaumes comme s’il eut été fête. Je les avais prévenus au prône(1) le dimanche précédent que l’épiphanie était transférée au dimanche, et je leur avais lu deux fois le mandement de monsieur l’Evêque et l’indult(2) du pape. J’ai été leur défendre d’agir lorsque j’ai entendu sonner la cloche, et par trois fois ils m’ont résisté et désobéi en entreprenant de faire l’office sans prêtre et de disposer de la cloche à leur gré.

Je vous prie de commander au maire de la paroisse de s’opposer comme il le doit à de pareilles scènes dans la suite. Je leur pardonne le passé ; mais vous voyez le juste désir que j’ai de n’être pas troublé par eux par des entreprises contraires à la religion. J’ai l’honneur d’être avec un vrai respect.

Monsieur,

Votre très humble serviteur, F. le Boucher, desservant de la succursale de Villiers le Sec.

(1) Prône : Instruction chrétienne que le curé ou un vicaire fait tous les dimanches en chaire, à la messe paroissiale.

(2) Indult : Privilège accordé par le Pape à une personne ou à une communauté de personnes, et dérogeant à la règle générale.

Sur les traces du centenaire de 120 ans de Lingèvres.

 Nos aïeux étaient des passeurs d’histoire, comme Joseph Eugène Poisson, un membre de ma lignée maternelle qui vivait à Creully au début du XIXᵉ siècle. Ses parents avaient connu, non loin de Tilly-sur-Seulles, un homme qui prétendait avoir plus de 110 ans.

Me voilà donc parti à la recherche de cet homme si âgé.

En ce début du XIXe siècle, niché entre les bourgs pittoresques de Tilly-sur-Seulles et Balleroy, se dressait le village de Lingèvres, où résidait un personnage des plus singuliers. Un lingébrien de cent seize printemps, dont la vitalité déconcertante lui permettait de chevaucher quotidiennement pour exercer son art : celui de guérir les bêtes des fermes environnantes.



Ce guérisseur, que l'on nommait communément vétérinaire, mais qui était en réalité un rebouteux, répondait au nom de Rimbaux. Son véritable nom était François-Germain Thiéloque. Il fut élu notable au Conseil Général de la commune
de Lingèvres le 17 février 1790, devenant ainsi membre de la première municipalité élue conformément à la loi du 14 décembre 1789, promulguée le 16 février 1790.

Ses biens étaient situés au village aux Rimbaux, ou Rimbauderie, d'où lui venait ce surnom de Rimbaux. Ce hameau, encore connu sous le nom de « Les Maures », évoquait peut-être un village de gens extravagants.

En 1803, à l'âge vénérable de cent treize ans, Rimbaux commença seulement à faire usage de lunettes. En 1806, on pouvait encore le croiser sur son cheval, parcourant les chemins de la paroisse. Il avait son anneau sur l'un des murs de l'église, lui permettant d'assister à l'office du dimanche célébré par Charles Boullot, curé de Lingèvres et ancien chapelain de l’abbaye de Cordillon.

En 1810, à l'âge de cent vingt ans, il accompagna les conscrits de Lingèvres à Balleroy. Il fit le voyage à pied et montra durant toute la journée une gaieté juvénile. Ce brave homme, malgré son extrême vieillesse, était encore farceur et aimait à rire et à plaisanter. On admirait ce conscrit d’un genre exceptionnel, dont le seul désavantage était qu’il comptait un siècle de plus que les futurs soldats qu’il accompagnait.

Chaque année, paraît-il, il se rendait, le jour de la Trinité, à la fête Saint-Simon. Était-ce à pied ou monté sur sa vieille jument blanche ? Nous ignorons ce détail, mais c’était pour cet homme jovial l’occasion d’aller au pays natal et de revoir parents et amis. Aux nombreux verres d’eau qu’il absorbait ce jour-là et aux quelques évangiles qu’il faisait réciter à son intention, il devait, prétendait-il, sa santé robuste et sa vieillesse exempte d’infirmités. Ses crédules voisins lui remirent donc, un certain jour, quelque argent afin qu’il plût au bonhomme de faire prier pour eux et de boire quelques rasades supplémentaires pour qu’à leur tour ils fussent préservés de toute maladie. Thiéloque fit bombance avec l’argent d’autrui cette année-là. Il ne rentra à Lingèvres que quelques jours après la fête. À son retour, il fut pris de fièvres. L’année suivante, ses concitoyens ne furent plus si confiants.

Pendant sa longue existence, Rimbaux n'eut jamais de maladie grave. Il s’éteignit en 1812 à l'âge de cent vingt-deux ans. Un médecin de Tilly, venu pour le consulter, ne trouva à son malade aucune affection ni maladie. Il lui demanda où il souffrait et ne reçut pas de réponse. Par trois fois, il répéta sa question et, à la fin, Rimbaux, impatienté, regarda le docteur d’un œil perçant et moqueur et lui dit :

—Vous savez quel était mon métier ? 

Comme le médecin ne lui répondait pas, il ajouta :

    Quand un laboureur m’appelait pour soigner ses bestiaux, les pauvres bêtes ne me disaient pas où elles souffraient et cependant je devinais quelle était leur maladie. 

Il reprit après un léger souffle

    Néanmoins, je vais vous répondre et vous dire ce que j’ai : je suis vieux, usé ; je suis un homme perdu, il n’y a aucun remède. Je vais finir.

 Et l’étonnant vieillard mourut.

Dans les almanachs de l’époque, le nom de Rimbaux est cité à diverses reprises. On n’a pu découvrir son acte de décès, ni à Lingèvres, ni à Hottot. Rimbaux est sans doute décédé dans une commune voisine, probablement dans l'arrondissement de Caen. Il y a quelques années, les vieillards du pays se souvenaient fort bien l’avoir connu.

Depuis Rimbaux, notre arrondissement a vu plusieurs centenaires, mais aucun n’a atteint un âge aussi avancé.

Certains attribuent à notre homme ce remède empirique destiné à guérir de la tranchée rouge « les chevaux, bestiaux, mulets et bourriques » : une cuillerée à café de cendres produites en brûlant quatre vieux souliers, délayées dans une pinte de lait bien chaud, faisait suer l’animal qui absorbait cette potion, le refroidissait comme s’il allait mourir. Au bout de deux heures, la bête revenait à son état normal.

Dans une maison située à Lingèvres, au village de la Rimbauderie, appartenant à Mlle Nicolle, en démolissant de vieux appartements, un ouvrier découvrit un lundi trois belles pièces de 6 francs à l’effigie de Louis XV, portant les dates respectives : 1750, 1765, 1770. Cette maison ayant été longtemps habitée par Rimbaux, décédé dans ce même lieu, on se demande s’il n’aurait pas caché son trésor dans les murs et la charpente de son habitation pendant la Révolution.

Acte de décès constaté par un maire de Lingèvres indique que :

 « "Le dix-neuf mai mil-huit-cent-neuf, à cinq heures et demie du soir, est décédé, en son domicile, à Lingèvres, Monsieur François Thiéloque, profession vivant de son bien, célibataire, âgé de 91 ans 10 mois, né à Sainte-Honorine-des Pertes, fils de feu François Thiéloque et de feu Françoise Auger. "
Confirmation avec son acte de naissance du 20 octobre 1689 de Saintte honorine des pertes.

La principale blague du père Thiéloque dit "Rimbaux" n’aurait-elle pas été d’avoir menti sur son âge ?

Et si le fautif était celui qui rédiga l'état de la polulation de Lingèvres en en 1808 en indiquant que Quéloque (Thiéloque) François avait 119 ans qui vivait au sein de la famille Lecat.