Le chaisier de Creully accusé du vol sacrilège de Sainte-Croix-Grand-Tonne

         Au matin du 18 avril 1856, le village de Sainte-Croix-Grand-Tonne s'éveilla comme à l'ordinaire. Pourtant, lorsqu'il poussa la porte de l'église, le sacristain eut immédiatement le sentiment que quelque chose n'était pas normal.

En avançant dans le sanctuaire, il découvrit les traces d'une intrusion. Une fenêtre avait été forcée, l'un de ses panneaux ayant été brisé. Mais le spectacle qui l'attendait à l'intérieur était plus inquiétant encore.


Les voleurs avaient pénétré jusqu'au tabernacle. La porte en avait été violemment fracturée à l'aide d'un instrument de fer. Deux ciboires avaient disparu, ainsi que la gloire qui surmontait un ostensoir. La valeur des objets dérobés était estimée à environ 600 francs.

La sacristie elle-même n'avait pas été épargnée. Là encore, les malfaiteurs avaient tenté de forcer la porte. Les nombreuses marques laissées dans le bois allaient bientôt fournir aux enquêteurs de précieux indices.

Très rapidement, les soupçons se portèrent sur un homme du voisinage : Modeste-Prosper Chuquet, âgé de quarante-quatre ans, journalier, déjà condamné à deux reprises pour vol et récemment sorti de réclusion.

Sa maison se trouvait à peu de distance de l'église.

Mais un détail allait surtout attirer l'attention des enquêteurs.

Une échelle, abandonnée par les voleurs après leur expédition nocturne, fut reconnue comme appartenant à Chuquet. Elle était habituellement rangée au fond d'une cour, à l'écart des regards. La veille encore, elle s'y trouvait.

Comment cette échelle aurait-elle pu se retrouver près de l'église sans que son propriétaire en sache quelque chose ?

L'affaire prit bientôt une tournure plus précise.

Près d'un jeu de quilles voisin, les voleurs avaient arraché un piquet. La terre humide avait conservé leurs empreintes. Les enquêteurs comparèrent alors les traces avec les chaussures de Chuquet.

La concordance était troublante.

Les semelles semblaient correspondre presque parfaitement aux empreintes laissées sur le sol. Interrogé à ce sujet, Chuquet ne nia pas avoir marché à cet endroit. Il prétendit seulement être venu le matin, après la découverte du vol, poussé par la curiosité.

Mais les traces ne s'arrêtaient pas là. Elles se retrouvaient sur le terrain séparant le jeu de quilles du jardin de Chuquet, puis jusque dans son propre jardin.

Un autre indice allait encore renforcer les soupçons.

Chez Chuquet, les enquêteurs découvrirent un ciseau ébréché en trois endroits. Lorsqu'ils le comparèrent aux marques laissées sur le tabernacle et sur la porte de la sacristie, l'outil semblait correspondre avec une étonnante précision.

Peu à peu, les éléments s'accumulaient.

Et certains faits remontant aux jours précédents prenaient soudain une signification nouvelle.

Le 17 avril au soir, Chuquet avait envoyé sa fille coucher chez une voisine sous un prétexte. Il avait également proposé à un sieur Lemaitre, alors malade, de venir passer la nuit auprès de lui, avant de se raviser en expliquant qu'il ne pourrait finalement pas lui rendre ce service dans la nuit du 17 au 18.

Vers minuit, il s'était encore rendu chez une débitante pour y chercher du cidre. Là, il avait affirmé qu'il était occupé à garder le sieur Lemaitre.

Tous ces détails, qui auraient pu paraître insignifiants pris séparément, devenaient particulièrement suspects lorsque l'on reconstituait les événements de la nuit.

Car Chuquet n'était pas seul.

Le chaisier de Creully
Dans son entourage se trouvaient deux autres hommes : Paul-Valentin-Eugène Le Loryer, âgé de dix-huit ans, domestique à Sainte-Croix-Grand-Tonne, et Jean-Baptiste Letresor, cinquante ans, fabricant de chaises à Creully.

Interrogé sur son emploi du temps, Chuquet finit par reconnaître qu'il avait passé la nuit avec ces deux hommes.

Les soupçons se portèrent alors également sur eux.

Puis survint le témoignage qui allait bouleverser l'affaire.

Le Loryer décida de parler.

Selon ses déclarations, quelques jours avant le vol, Chuquet lui avait proposé de s'associer à lui et à Letresor pour cambrioler l'église.

Le soir du 17 avril, les trois hommes s'étaient retrouvés dans un cabaret avant de se rendre chez Chuquet.


Puis, au cœur de la nuit, vers deux heures du matin, Chuquet et Letresor étaient sortis de la maison en emportant l'échelle.

Le Loryer les avait suivis peu après.

Pendant que les deux autres pénétraient dans l'église, escaladant la fenêtre et forçant les portes, le jeune homme était resté dehors pour faire le guet.

La nuit devait être silencieuse autour de l'église.

À l'intérieur, les deux hommes s'affairaient autour du tabernacle. Le bois résistait, mais leurs outils finirent par avoir raison de la serrure. Quelques instants plus tard, les objets sacrés étaient emportés.

Extrait de l'acte de mariage de Jean-Baptiste Letresor le 04/10/1840 à Creully

Vers trois heures du matin, Chuquet et Letresor rejoignirent leur complice.

Ils lui racontèrent le résultat de leur expédition avant de se séparer.

Mais leur secret n'allait pas rester longtemps caché.

Les déclarations de Le Loryer furent confrontées aux autres indices recueillis par les enquêteurs : l'échelle, les empreintes, les marques laissées par les outils et les circonstances entourant la nuit du vol.

L'ensemble formait un faisceau de présomptions particulièrement lourd.

Quelques semaines plus tard, les trois hommes comparurent devant la Cour d'assises du Calvados.

Dans la salle d'audience, Chuquet continua de nier les faits qui lui étaient reprochés. Le Loryer, au contraire, maintint ses déclarations. Quant à Letresor, il nia également avoir participé au cambriolage.

Les débats permirent au jury d'examiner séparément le rôle de chacun.

Au terme de l'audience, la décision tomba.

Chuquet fut déclaré coupable du vol sacrilège commis dans l'église de Sainte-Croix-Grand-Tonne.

Il fut condamné à vingt années de travaux forcés.

En revanche, les charges retenues contre Letresor et Le Loryer ne furent pas jugées suffisantes pour entraîner leur condamnation. Tous deux furent acquittés et rendus à la liberté.

Ainsi s'acheva cette étrange affaire qui, pendant plusieurs semaines, avait agité Sainte-Croix-Grand-Tonne et conduit jusqu'à la Cour d'assises les trois hommes soupçonnés d'avoir, au cœur de la nuit, profané l'église du village.

Creully (Creully sur seulles) - Les anciennes plaques de cochers.

Les plaques de cocher, un patrimoine à sauvegarder

Levez les yeux aux entrées des villages, au coin d'une maison ou au sommet d'un poteau de fonte : vous apercevrez peut-être une plaque bleue aux lettres blanches, figée là depuis plus d'un siècle. C'est une « plaque de cocher ».

Apposées à partir de 1835, à la suite de circulaires des Ponts et Chaussées, ces plaques directionnelles en fonte étaient fixées à environ trois mètres du sol, sur les façades des bâtiments, aux carrefours et aux entrées des agglomérations. Elles indiquaient aux voyageurs le nom de la commune, la classification du chemin, ainsi que les directions et les distances vers les bourgs voisins. Leur hauteur n'était pas anodine : elle permettait aux cochers, juchés sur le siège de leur diligence, de lire les indications sans descendre de leur attelage — d'où leur nom.

Alors, à votre prochaine promenade dans Creully, prenez le temps de lever la tête : ces modestes plaques de fonte racontent, en lettres blanches sur fond bleu, l'histoire des voyageurs d'autrefois.







Creully sur Seulles - De quoi se nourrir de produits laitiers et... améliorer sa culture personnelle.

Dans les années 50 et 60, ma mère tenait un dépôt de produits laitiers de l'usine Paillaud voisine. Ce lieu de vente faisait partie de l'habitation. Un autre lieu de vente se trouvait rue de Caen ; il était tenu par madame Jeanne. 

Le curé de l'époque, l'abbé Durand avait demandé à ma mère si elle était d'accord pour joindre au dépôt une bibliothèque afin de mettre à la disposition des creullois des livres et BD. Elle accepta ; ainsi naquit la première bibliothèque de Creully.

La flèche indique le passage où se situait le dépôt.

Avec mes parents, nous habitions dans cette maison.




Le petit Denier, enfant des pompiers lors de l'incendie de Creully en 1840

             On se souvenait encore, à Creully, de cette terrible journée du 17 novembre 1840, lorsque les flammes avaient dévoré près de quatre-vingts pour cent des maisons du bourg. En quelques heures, des rues entières n’étaient plus qu’un amas de ruines fumantes. Les familles, désemparées, avaient vu disparaître leurs maisons, leurs biens et parfois tout ce qu’elles possédaient.


 À la nouvelle du sinistre, les sapeurs-pompiers de Caen étaient partis en toute hâte pour porter secours aux malheureuses victimes. Parmi eux se trouvait un jeune garçon nommé Denier.
           Personne n’aurait pu imaginer que cet enfant, au milieu du tumulte, de la fumée et des cris, allait se faire remarquer par son courage, son intelligence et son sang-froid. Petit par la taille, mais déjà grand par le cœur, il s'était mêlé aux travailleurs et avait apporté, à sa mesure, son aide aux hommes qui luttaient contre le feu.

Lorsque, enfin, le danger fut écarté, les pompiers s’étaient réunis pour prendre quelques rafraîchissements. Et le petit Denier, qui avait si courageusement travaillé à leurs côtés, fut naturellement invité à partager leur repas.

Ce jour-là, sans qu’il le sache encore, quelque chose venait de naître entre l’enfant et la compagnie des sapeurs-pompiers. Une affection profonde, presque familiale.

Le destin, pourtant, allait bientôt rendre cette affection plus forte encore.

Le père de Denier venait de mourir, victime des efforts qu’il avait lui-même prodigués pour combattre un incendie à Beaulieu, à Caen. Le garçon se retrouvait désormais orphelin.

Pour les pompiers, il n’était plus seulement l’enfant courageux rencontré dans les ruines de Creully. Il était devenu l’enfant de la compagnie, celui que chacun connaissait, que chacun protégeait et dont le sort préoccupait désormais tous les cœurs.

Quelques temps plus tard, un dimanche, lors de la revue, le capitaine Jobert fit former le cercle autour de lui. Les hommes se turent. Le capitaine leur rappela l’histoire touchante de leur jeune protégé, son courage lors de l’incendie de Creully et le malheur qui venait de le frapper.

Puis il leur posa une question simple :

— Ne se trouverait-il pas parmi vous quelque maître ouvrier qui voudrait prendre cet enfant chez lui, l’élever et lui apprendre un métier ?

À peine avait-il achevé sa phrase que plusieurs voix s’élevèrent dans les rangs.

Mais un homme ne se contenta pas de parler.


M. Becquémié, serrurier, rue Saint-Martin, s’avança. Il sortit des rangs, se dirigea vers l’enfant et lui prit doucement la main.

— Je le prends, monsieur le capitaine.

Puis, comme pour que personne ne puisse contester sa décision, il ajouta qu’il réclamait le privilège de faire du petit Denier un honnête homme et un bon ouvrier.

Le garçon ne put retenir ses larmes.

Il se jeta dans les bras de son bienfaiteur et l’embrassa avec toute la reconnaissance de son jeune cœur. Ses sanglots étaient ceux d’un enfant qui, après avoir perdu son père, venait peut-être de retrouver une famille.

Autour d’eux, les visages s’étaient attendris. Plusieurs des hommes présents avaient les yeux humides. Dans le silence qui avait succédé aux paroles du capitaine, cette simple scène en disait plus long que tous les discours.

Ce jour-là, le petit Denier n’était plus seul.

La compagnie des pompiers avait veillé sur lui comme sur l’un des siens, et M. Becquémié venait de lui ouvrir la porte d’un avenir nouveau : un toit, un métier et la promesse de devenir un homme honnête et estimé.


Les journaux de l’époque ne manquèrent pas de raconter cette belle histoire à la population du Calvados. Dans une époque où les incendies et les catastrophes frappaient durement les familles modestes, l’acte de générosité des pompiers et de leur camarade serrurier apparut comme un lumineux témoignage de solidarité, de fraternité et d’humanité.

          Et longtemps, sans doute, dans la mémoire de ceux qui avaient assisté à la scène, demeura l’image de ce petit garçon en larmes, serrant la main de l’homme qui venait de lui offrir une seconde chance.

 

Le mystérieux pèlerin de la Délivrande (Douvres la Délivrande)

En cette année 1473, un étrange voyageur arriva à la chapelle de la Délivrande.

À le voir marcher, le dos courbé comme sous le poids d’un âge avancé, on l’aurait volontiers pris pour un vieillard. Pourtant, il n’avait pas encore atteint le milieu de sa vie. Son visage fermé, ses traits durs et son allure grave inspiraient davantage la crainte que la compassion.

Il n’était d’ailleurs pas seul.


À ses côtés marchait Louis de Harcourt, patriarche de Jérusalem, précédant une imposante escorte de seigneurs et de gardes. Parmi cette foule de personnages, certains crurent même reconnaître une silhouette sinistre : celle du bourreau de la justice voisine.

Qui donc pouvait être ce pèlerin pour voyager ainsi entouré ?

Personne, semble-t-il, n’osait poser la question.

Le lendemain, l’étranger se rendit à la solennité célébrée dans la chapelle. Il demeura ensuite dans le hameau jusqu’au 19. Durant ces quelques jours, il donna aux habitants le spectacle d’une piété si austère qu’elle en devenait presque inquiétante.


On le voyait régulièrement s’agenouiller, puis se prosterner au pied de l’autel. Là, il demeurait de longs instants immobiles, plongé dans une profonde méditation.

Mais quelque chose, dans son attitude, troublait les témoins.

Ce n’était pas seulement de la ferveur religieuse que l’on pouvait lire sur son visage. Une sorte de terreur semblait parfois traverser ses traits.

Ses yeux, durs et profondément enfoncés sous d’épais sourcils, se levaient un instant vers le ciel. Puis, presque aussitôt, ils retombaient sur ses mains.

Entre ses doigts, il roulait nerveusement un bonnet qui paraissait entouré de reliquaires.

Que pouvait-il bien demander avec une telle insistance ?

À ceux qui l’observaient, il semblait qu’une lutte terrible se livrait au fond de son âme. On y devinait à la fois la contrition, la haine et le remords.

On aurait dit un homme venu chercher dans la prière quelque chose de plus terrible qu'une simple absolution.

Comme s’il sollicitait à la fois le pardon d’un crime déjà commis et celui d’un crime encore à venir.

Le spectacle était d’autant plus troublant que les événements récents donnaient à cette étrange scène une résonance particulière.

Peu de temps auparavant, le duc de Guyenne avait été empoisonné.

Et bientôt, Louis de Luxembourg, le connétable de Saint-Pol devait connaître le même sort, mais devant la justice des hommes : son exécution était proche.

Les habitants de la Délivrande ignoraient-ils alors qu’ils avaient sous les yeux l’un des personnages les plus puissants et les plus redoutables du royaume ?

Car le mystérieux pèlerin n’était autre que Louis XI, roi de France.

Les actes du temps permettent de retrouver sa trace. Le souverain avait pris logement à la Délivrande, à l’hôtel de Richard Le Bourgeois.

Le roi n’oublia pas l’hospitalité de son hôte.

En récompense, il lui accorda l’office de sommelier de son échansonnerie. Puis, par lettres patentes datées de Senlis, le 4 octobre 1474, il lui donna encore le tabellionage de Caen et de la Délivrande, à vie, avec une rente de soixante livres prélevés sur le domaine de la vicomté de Caen.

Ainsi, derrière l’apparente dévotion d’un pèlerin courbé devant l’autel de la Délivrande, se cachait le roi Louis XI.

Un roi venu prier, peut-être.

Mais aussi un homme que les contemporains décrivaient comme méfiant, calculateur et hanté par les complots.

Et, dans le silence de la chapelle, tandis que ses yeux se levaient vers le ciel avant de retomber sur son bonnet serré entre ses mains, il était bien difficile de savoir ce que Louis XI demandait réellement à Dieu :
le pardon de ses fautes passées, ou la protection pour celles qu’il s’apprêtait encore à commettre ?

Creully sur seulles - Ils ont combattu aux côtés de Napoléon 1er

 

La médaille de Sainte Hélène, créée par Napoléon III, récompense les 405000
soldats encore vivants en 1857, qui ont combattu aux côtés de Napoléon 1er pendant les guerres de 1792-1815.






De Creully, de Villiers le Sec, de Saint Gabriel ou de Brécy, ils ont servi avec l'Empereur:



Le caporal Chenot de Creully ne savait pas signer, il ne put retirer son brevet.



Le mystère de la jument de Saint-Martin de l'église de Creully (Creully sur Seulles)

Vous connaissez sans doute la légende ancienne de saint Martin et de son
manteau partagé. Un soir d’hiver, le bon saint croisa un mendiant, dépouillé par un hérétique sans pitié. Le pauvre homme, réduit à un simple turban, frissonnait sous le ciel impitoyable. Assez pour échapper au rhume, mais bien trop peu pour braver la morsure du vent glacé. Sans une hésitation, saint Martin trancha son manteau en deux et en enveloppa l’infortuné, le sauvant ainsi d’une toux cruelle.

Mais saviez-vous qu’à Creully, une autre légende, plus discrète et tout aussi savoureuse, s’est tissée autour du saint et de sa monture ?

Au fronton de l’église de Creully, un artiste local, Louis Cauvin, natif d’Esquay-sur-Seulles, a taillé dans la pierre d’Orival, en 1874, une œuvre d’une grâce rare : saint Martin, fier et noble, trônant sur un destrier superbe, harnaché et ferré, paré de tous les attributs d’un étalon de guerre. Rien ne manquait à cette représentation : ni le chapeau du saint, ni son manteau, ni même ses éperons. Tous s’accordaient à dire que cette sculpture était un chef-d’œuvre sans défaut.

Pourtant, trois vieilles demoiselles, chaque fois qu’elles passaient devant l’édifice, se signaient avec une gravité troublante. Leur tristesse intrigua longtemps les habitants. Jusqu’à ce qu’on découvre leur secret : les trois sœurs, après un pèlerinage chez le sculpteur, lui avaient démontré, textes à l’appui — ou du moins le prétendaient-elles —, que saint Martin n’avait jamais monté qu’une jument, et non un cheval.

Louis Cauvin, homme de foi et de raison, céda à leurs arguments. Et c’est ainsi que, contre toute attente, le saint Martin de Creully se retrouva, seul au monde, juché sur une jument. Une énigme de pierre, un mystère qui, depuis, fait sourire les passants et frémir les cœurs superstitieux.

Courseulles, 3 septembre 1874 - Le Combat des Vagues

Le soleil de fin d’après-midi dorait à peine les flots de la Manche ce jour-là, lorsque le canot de la Céleste-Henry quitta le port de Courseulles. À son bord, le brigadier des douanes et deux de ses hommes, armés seulement de leurs rames et de leur routine, s’aventuraient pour une simple partie de pêche. Rien ne laissait présager le drame qui allait se jouer.

Mais la mer, capricieuse et cruelle, décida autrement. Une tempête s’abattit soudain, transformant l’horizon en un chaos de vagues déchaînées et de vents hurlants. Les trois hommes, surpris par cette fureur subite, tentèrent désespérément de regagner le port. Chaque coup de rame était une lutte contre l’élément déchaîné, chaque souffle un combat contre l’épuisement. Pourtant, malgré leurs efforts surhumains, la jetée leur échappait, repoussée par des rafales qui semblaient venir des enfers. Pire encore : aucune ancre à bord. Le canot, jouet des flots, dérivait inexorablement vers le large, emporté par une mer qui ne voulait plus les lâcher.

Sur la jetée, une foule de spectateurs, impuissants et horrifiés, assistaient à ce ballet macabre. Trois vies pendaient à un fil, et aucun secours ne pouvait sortir du port, tant la mer était déchaînée. La mort semblait inévitable.

C’est alors que, dans le lointain, une lueur d’espoir apparut. À bord du Marie-Joseph, un bateau de pêche de Saint-Aubin, le patron Stanislas Lepareux et son équipage — Jean Aubert, Charles Leprêtre et Désiré Mériel — aperçurent les signaux de détresse. Eux-mêmes à l’ancre, protégés par un demi-mille de terre, ils savaient que s’aventurer dans cette fournaise maritime était une folie. Lever l’ancre, affronter les vagues monstrueuses avec leur frêle embarcation, c’était risquer leur propre vie pour sauver celle d’inconnus.

Pourtant, sans une seconde d’hésitation, Lepareux donna l’ordre. Le Marie-Joseph se mit en mouvement, vent arrière, fendant les vagues comme un couteau dans du beurre. Chaque instant était une bataille, chaque rame un défi contre la mort. Les vagues, aveuglantes d’écume, frappaient le petit bateau sans pitié, menant chaque homme à bord au bord de l’épuisement. Le canot en perdition était là, à portée de main, mais aussi à portée de tragédie.

Enfin, après une lutte acharnée, le Marie-Joseph parvint à accoster le canot en dérive. Les trois douaniers, épuisés mais sains et saufs, furent hissés à bord. Mais la mer, toujours avide, ne leur accorda pas de répit : le canot, impossible à remorquer, fut abandonné à son sort et disparut dans les flots déchaînés.

Le retour vers la jetée fut une épreuve tout aussi héroïque. Le Marie-Joseph, surchargé de sept hommes, tanguait dangereusement, chaque vague menaçant de l’engloutir. Les rameurs, aveuglés par le vent et l’écume, luttant contre le courant et la marée, durent puiser dans leurs dernières forces pour atteindre la terre ferme.

Quand enfin ils touchèrent la jetée, ce fut après une heure et demie d’un combat inouï, au cœur du cyclone le plus terrible que les côtes normandes eussent jamais connu. Le sauvetage était accompli, mais le prix en avait été un courage rare et un dévouement sans limites. Ce jour-là, la mer avait voulu des vies, mais des hommes, par leur audace, lui avaient arraché sa proie.

Sous le crayon d’Arcisse de Caumont : le prieuré de Saint-Gabriel (Creully sur Seulles)

        Arcisse de Caumont, le père de l’archéologie normande, est né à Bayeux en 1801, il fut l’un des grands érudits du XIXᵉ siècle et l’un des premiers véritables défenseurs du patrimoine normand. Passionné dès sa jeunesse par l’histoire, l’architecture et les monuments anciens, il parcourut inlassablement la Normandie pour en étudier les églises, les châteaux, les abbayes et les vieilles demeures


        En 1824, il fonda la Société linnéenne de Normandie, puis participa à la création de la Société française d’archéologie. Par ses nombreux ouvrages et ses voyages d’étude, il contribua à faire connaître et surtout à protéger un patrimoine alors souvent négligé.

        Son œuvre majeure, le Cours d’antiquités monumentales, publiée à partir de 1830, constitue encore aujourd’hui une source précieuse pour l’étude des monuments normands. Arcisse de Caumont s’intéressa notamment à l’évolution de l’architecture médiévale et contribua à établir une classification des différents styles, notamment roman et gothique.

        Érudit infatigable, observateur passionné et véritable pionnier de la sauvegarde des monuments anciens, Arcisse de Caumont a laissé une empreinte considérable dans l’histoire de la Normandie. Son travail a permis de préserver la mémoire de nombreux édifices qui, sans lui, auraient peut-être disparu.

        J'ai ,lors de mes recherches aux archives départementales du Calvados, pu feuilleter l'un de ses carnets de voyages et de notes historiques où il avait dessiné en 1830 des détails de bâtiments remarquables comme le prieuré de Saint-Gabriel (Creully sur Seulles).

Il fit 4 croquis que je vous présente ci-dessous.
Le document suivant vous permait de les identifier.
Extrait de ses notes....

Source : Archives départementales du Calvados

A Bayeux, un bon prêtre au sommeil lourd.

La Croix et la Bannière : Une légende de Bayeux disait-on.

    « Faut-il la croix et la bannière pour vous faire venir ? »
    La question résonnait souvent, teintée d’une ironie mâtinée d’impatience, lorsque l’on attendait un retardataire. Mais qui, aujourd’hui, connaît l’histoire cachée derrière ces mots ?

    Plongeons dans la Normandie du XVIIe siècle, où les ombres de la cathédrale de Bayeux s’étiraient sur les pavés usés par le temps. Là, les chanoines, hommes de foi et de discipline, se levaient chaque nuit pour célébrer les matines. Leurs voix graves s’élevaient dans le chœur, portées par la ferveur de leur dévotion. Pourtant, même parmi ces serviteurs de Dieu, il en était un, un bon prêtre au sommeil lourd, qui parfois succombait aux bras de Morphée. Les heures passaient, et l’office commençait sans lui.

    Alors, pour le tirer des profondeurs de son sommeil et lui épargner l’humiliation de sa paresse, ses frères chanoines, accompagnés des officiers de l’église, se mettaient en marche. La croix en tête, la bannière déployée, ils se rendaient jusqu’à sa demeure. Là, ils frappaient à sa porte avec un vacarme tel que le pauvre dormeur, réveillé en sursaut, comprenait enfin qu’il avait cédé trop longtemps aux douceurs du repos.

    Cette tradition, encore vivace à Bayeux en 1640, a donné naissance à l’expression que l’on utilise aujourd’hui pour signifier qu’il faut user de grands moyens pour faire bouger quelqu’un. « Il faut la croix et la bannière pour le faire venir. »

    Et saviez-vous que cette formule, sous une forme légèrement différente, remonte au XVe siècle ? Empruntée à l’italien, elle fut reprise en 1690 par Antoine Furetière, ce poète et lexicographe français, auteur d’un Dictionnaire universel. Pour lui, « il faut la croix et la bannière pour inviter quelqu’un » signifiait qu’il fallait user de tant de solennité que l’invité ne pouvait plus se dérober.

    Ainsi, derrière chaque mot se cache une histoire, et derrière chaque proverbe, une tradition qui a traversé les siècles.