Creully sur Seulles - Bénédiction de la première pierre de la Chapelle du Séminaire de Villiers le sec

Décembre 1900 - Nous lisons dans l’Indicateur de Bayeux :


On connaît l’importance du Petit-Séminaire de Villiers-le- Sec, et l’on sait qu’il est toujours fréquenté par de nombreux élèves ; c’est un établissement d’instruction justement réputé dans toute notre contrée, et les maîtres dévoués qui le dirigent avec tant de distinction n’ont cessé de faire tout ce qui est en leur pouvoir, sous le bienveillant patronage des premiers Pas­teurs de notre diocèse, pour le maintenir toujours à la hauteur de sa légitime renommée.


Les bâtiments du Petit-Séminaire sont vastes et bien distri­bués ; jusqu’à ces derniers temps, cependant, ils manquaient, on peut le dire, du plus important : il n’y avait pas de chapelle proprement dite.

Le distingué Prélat qui, depuis son arrivée parmi nous, n'a cessé de témoigner à toutes les œuvres religieuses et à toutes les institutions utiles une sollicitude si éclairée, avait résolu de combler cette lacune, et c’est sous l’inspiration de Sa Gran­deur qu’ont été commencés les travaux, poussés avec activité sous la surveillance du R. P. Mullois, Supérieur de l'établisse­ment, et de ses dévoués collaborateurs.

Maintenant, les murs de la chapelle sont assez élevés pour qu’on puisse se rendre compte du plan d’ensemble, aussi heu­reusement conçu qu’habilement exécuté ; et le samedi 8 décem­bre avait lieu la bénédiction solennelle de la première pierre de cet élégant édifice.


Monseigneur l’Évêque, arrivé au Petit-Séminaire la veille dans la soirée, a présidé le Salut solennel du premier vendredi du mois, auquel s’est jointe une cérémonie prescrite par la liturgie, et préparatoire à la solennité du lendemain.

Précédé des élèves et des professeurs du Séminaire, rangés en procession, Monseigneur s’est rendu, au chant d’un can­tique au Sacré Cœur, sur l’emplacement de la chapelle en construction, pour planter une croix de bois sur le lieu même où s’élèvera l’autel.

Cette cérémonie, accomplie à la lueur des flambeaux et sous la douce clarté de la lune, était pleine d’une religieuse poésie, qui a doucement ému tous les assistants.

Le lendemain matin, Sa Grandeur a célébré la Messe et dis­tribué la Sainte Communion aux jeunes séminaristes ; puis Monseigneur Amette, assisté de M. l’abbé Quirié,Vicaire Géné­ral, et du T.-R. P. Le Monnier, Supérieur des Missionnaires de La Délivrande, a présidé la Grand’Messe dite par M. le Supé­rieur du Grand-Séminaire. Après la Messe, les nouveaux mem­bres de la Congrégation de l’immaculée Conception ont fait leur Consécration à la Sainte Vierge, et ont reçu leurs médailles des mains de Monseigneur l’Evêque, qui leur a adressé une touchante allocution, faisant ressortir avec l’à-propos qui ca­ractérise toujours les paroles de Sa Grandeur, les rapports symboliques qui existent entre le mystère de l’immaculée Con­ception, cet acte par lequel Dieu a posé la première pierre du plus beau temple qui puisse jamais lui être élevé, et la belle cérémonie qui allait commencer.

La pose et la bénédiction de la première pierre de la chapelle ont eu lieu ensuite, conformément aux prescriptions liturgi­ques ; Monseigneur l’Evêque s’est servi d’un marteau et d’une truelle en fer forgé, spécialement exécutés pour la circonstance, véritables objets d’art faits par M. E. Marie, l’habile ferronnier bayeusain.

M. le Maire de Villiers, ceint de son écharpe, et portant sa croix de Chevalier ; M. le docteur Chotard, conseiller d’arron­dissement, médecin du Séminaire ; M. de Barry, supérieur du Séminaire de Sommervieu ; MM. les Doyens de Ryes et de Creully, et un nombre considérable de prêtres, assistaient à cette imposante cérémonie, dont M. le Chanoine Deslandes réglait les détails avec sa haute compétence, et qui s’est termi­née par la bénédiction solennelle de Monseigneur l’Evêque.

Au dîner, un élève de rhétorique, président de l’Académie, a adressé au Pontife un compliment en vers français ; le R. P. Su­périeur a remercié Sa Grandeur au nom du Sacré Cœur, au­quel la nouvelle chapelle sera consacrée ; au nom des anciens élèves et des amis de Villiers ; au nom du personnel du Sémi­naire, enfin au nom du diocèse entier dont cette chapelle sera l’ex-voto spécial d’hommage au Christ Rédempteur.


Dans une réponse qui a charmé l’auditoire, Monseigneur Amette a eu un mot aimable pour chacun, et spécialement pour M. le Maire de Villiers, pour M. Morin, architecte de la chapelle, et pour M. Martin, entrepreneur.

Le souvenir de cette fête restera gravé dans la mémoire de tous ceux qui en ont été témoins ; il est bon aussi que le récit en soit connu de tous les fidèles de notre diocèse, car l’érection de cette chapelle dédiée au Sacré Cœur, et destinée à devenir un centre de dévotion pour le diocèse, et principalement pour notre région bayeusaine, constitue une œuvre pieuse dont l’im­portance n’échappera à aucun de nos lecteurs.

 Pour que la chapelle de Villiers soit vraiment, en cette fin de siècle, l’offrande du diocèse au Christ Rédempteur, il faut que tout le diocèse y contribue : il faut donc que les offrandes des prêtres et des fidèles arrivent de toutes parts, afin que tous s’associent à cette œuvre et puissent ainsi avoir part aux béné­dictions et aux grâces que le Sacré Cœur, touché de cet hom­mage, répandra sur le diocèse de Bayeux tout entier.

La première pierre a été placée au sein de la chapelle.

 Dans cette pierre a été déposée une boîte en plomb renfermant une autre boîte en chêne qui contenait : 1° des statuettes de Notre Dame de La Délivrande, de Saint Michel, de Jeanne d’Arc, etc. ; 2° des médailles de La Déli­vrande, de Lourdes, de Pont-Main, de Saint Benoît, de Saint Jean-Baptiste de La Salle, des BB. Denys de la Nativité et Rédempt de la Croix, etc., etc., et un tube en verre fermé et scellé aux armes de Monseigneur l’Evêque, contenant deux feuilles de parchemin. L’une portait en tête ces paroles :



1954 - La visite d'un extraterreste à Creully

Je me souviens d'un de mes copains d'école de Creully. Nous le surnommions « le Martien » ; ce n'était pas très sympa, mais la raison en était que son père, un Creullois, avait vécu la mésaventure suivante.

En 1954, ce jeudi matin-là, la nuit retenait encore la campagne normande sous sa chape d'encre. Le ciel, constellé d'étoiles, semblait suspendu au-dessus des pommiers comme un voile que l'aube n'osait pas encore soulever. Rue de Tierceville, au fond d'une cour où dormaient les laisseux-pour-rire du bocage, un habitant de Creully refermait doucement la porte de sa cave. Il venait d'y remplir un seau de charbon — l'humble provision du jour, celle qui tiendrait le fourneau allumé jusqu'au soir.

C'est alors que la nuit lui parla.

Une lumière vive, soudaine, presque insolente, filtrait par-dessus la haie du jardin voisin. L'homme posa son seau. Le charbon gris tinta doucement contre la tôle, puis le silence retomba, plus épais qu'avant. S'avançant sans crainte — ou du moins s'en persuadant —, il franchit le portillon du potager.

Là, au beau milieu des rangs de légumes endormis, une boule incandescente se tenait, immobile, comme une lune tombée du ciel qui aurait choisi ce carré de terre pour se reposer. Elle ne tremblait pas, ne vacillait pas : elle habitait le jardin. Et lorsqu'il fit quelques pas de plus, le cœur cognant à gros bouillons, une forme métallique se détacha du sein de la lumière et s'avança vers lui.

Était-ce un Martien ? L'idée ne lui venait pas de nulle part. Depuis des semaines, les cieux de Normandie s'en troublaient — on contait déjà, à Bayeux, d'étranges lueurs dansant au-dessus des toits d'ardoise. Le Bessin, à son tour, était-il devenu l'objet d'étude d'êtres venus d'ailleurs ? D'aucuns murmuraient que les gens d'en haut prenaient goût à nos clochers, à nos pommiers, à nos petites vies bien rangées.

Notre habitant de Creully n'était pas peureux. Mais il y a des peurs qui n'ont pas de nom et qui savent trouver le nôtre. Il fit marche arrière, à pas comptés, sans courir — un homme ne court pas devant ce qu'il ne comprend pas — et rentra chez lui, route de Tierceville, oubliant son seau de charbon au milieu de la cour, comme un témoignage abandonné.

Sa femme, à qui il confia l'affaire entre deux gorgées de café, haussa les épaules : les hommes et leurs histoires de lumière... Puis il fallut partir au travail. La matinée passa, lame de fond qu'on remonte mal, et à midi, avant de toucher à son déjeuner, il retourna dans le jardin, plus par curiosité que par bravade.

Ce qu'il découvrit lui coupât le souffle : la lumière avait disparu, mais à sa place, tracé sur la terre grasse du potager, un cercle de cendres dessinait sa présence — un anneau gris, doux, patient, comme une signature. La lumière était repartie ; la cendre, elle, était restée pour témoigner.

La rumeur, alors, fit ce que font les rumeurs : elle courut. De la boulangerie au lavoir, du café au presbytère, elle prit des ailes. Des Martiens — car il fallait bien leur donner un nom — venus d'on ne sait où avaient choisi le bourg de Creully pour venir voir de plus près notre monde. L'intrusion fit le tour de la localité, puis de la région entière, gagnant en détail à chaque récit. On vit bientôt affluer des curieux venus des villages voisins, et certains, plus zélés encore, s'armèrent de pots et de boîtes pour recueillir la précieuse trace de la visite — la cendre laissée par l'engin mystérieux, que l'on ramassait avec le respect qu'on doit à une relique.

La presse locale s'empara de l'affaire, la gendarmerie ouvrit l'œil, et bientôt, dans tout le Bessin, on ne parlait plus que de cela : sur le sentier de la guerre — des étoiles.

Pour ne point se singulariser, Creully a, paraît-il, reçu la visite d’un « Martien » venu à bord d’une soucoupe volante… Sur cet évènement, un spirituel lecteur a envoyé à un journal de Caen (Liberté) un amusant à-propos que voici :
Un beau matin,
Un bon Martien
(Vision hallucinante),
Avant l’aube naissante,
Atterrit…
A Creully.

D’une soucoupe volante
- Oh! Combien éblouissante !
Il sortit aux bords de la Seulles.
Il semblait dire : « Enfin, seul,
Je te vois, je te tiens ! »
Sans doute ce Martien
                                                         Voulait-il, dans sa nacelle,
Enlever une Belle,
Puis piquer vers le ciel
Pour sa lune de miel ?
Des « témoins » de la scène
(On devine leur gêne !)
Tentèrent, dit-on, de contacter
L’énigmatique étranger.
Mais en une nuée lumineuse,
L’engin mystérieux
Piqua droit vers les cieux…

MORALITE
Sur le trottoir,
Comme au lavoir,
Les langues se délièrent
En de nombreux commentaires.
Oh! Personne n’avait rien vu…
Mais certains avaient en-ten-du… !
En ce bon pays du fromage,
Belles qui rêvaient de mariage,
Si de la Vie vous en avez mar…
Voyez là-haut : « En avant … Mars ! »

L'affaire dans la presse locale


Le naufrage du sloop L’Hector, raconté par le maire d’Asnelles

        Dans la nuit du 4 au 5 février 1836, un terrible sinistre maritime est venu troubler la tranquillité de nos côtes. Le sloop L’Hector, jaugeant vingt-huit tonneaux, commandé par le capitaine Gallien, originaire de Fermanville, avait quitté le port du Havre à minuit. Son équipage, composé de quatre hommes, transportait une cargaison de plâtre à destination de Caen.
        Mais la mer en avait décidé autrement.

        Bientôt, le navire fut pris dans une violente tempête. Les vents déchaînés et les vagues furieuses le poussèrent inexorablement vers la côte, jusqu’à ce qu’il vînt se briser sur le rocher du Calvados, en face des communes de Meuvaines et d’Asnelles.

        Lorsque la nouvelle du naufrage se répandit dans les villages voisins, les habitants accoururent sur la grève. De là, ils pouvaient apercevoir le malheureux bâtiment, livré à la fureur des flots. Le spectacle était effrayant. Le gouvernail avait été arraché, les planches situées au-dessus du pont emportées par les vagues, tout comme les voiles, les effets de l’équipage et la chaloupe. Privé de tout moyen de manœuvre, le sloop était désormais à la merci de la mer.
        Les vagues, hautes de quinze à vingt pieds, recouvraient régulièrement le navire. À chaque assaut, nous craignions de voir disparaître les hommes qui s’y trouvaient encore. Pour échapper à une mort certaine, le capitaine et ses compagnons avaient dû s’attacher solidement à l’aide de cordes et se cramponner au sommet du mât. Par bonheur, celui-ci avait résisté aux coups de boutoir de la tempête.

        Pendant huit longues heures, les quatre marins demeurèrent ainsi suspendus au-dessus des flots déchaînés. Depuis la grève, nous assistions, impuissants, à leur terrible épreuve. La population des communes voisines s’était rassemblée sur le rivage, chacun cherchant un moyen de porter secours aux naufragés. Mais la violence des vagues rendait toute tentative impossible. Nous ne pouvions que regarder, le cœur serré, ces hommes lutter contre la mer, sans savoir si nous les reverrions vivants.

        Enfin, lorsque la mer commença à se retirer, l’espoir renaquit. Il devint alors possible de s’approcher du bâtiment et d’aider les marins à gagner la terre ferme.

        Trois jeunes gens de la commune de Ver, les sieurs Tissor, Guérin et Martragny, furent les premiers à parvenir jusqu’à eux. Avec courage, ils ramenèrent également la chaloupe que les hommes de L’Hector avaient perdue dans la tourmente.

        Les quatre marins, épuisés par ces longues heures d’angoisse et de lutte, purent enfin retrouver la terre

ferme. 

        En ma qualité de maire d’Asnelles, je les accueillis aussitôt. Il fallait leur venir en aide sans délai. Je me réunis donc aux principaux propriétaires de la commune afin de leur procurer les secours dont ils avaient un besoin si pressant.

        Quant au navire, il avait beaucoup souffert de la tempête, mais il restait encore à s’occuper de sa cargaison. Nous avons donc entrepris les opérations nécessaires au déchargement du plâtre, afin de tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être.

        Ainsi s’acheva cette nuit terrible, qui aurait pu coûter la vie à quatre hommes. Si la mer nous avait refusé la possibilité de leur porter secours au plus fort de la tempête, elle finit par les rendre à la terre. Nous ne pouvions que nous réjouir de les savoir vivants, tout en mesurant la violence des éléments auxquels ils venaient d’échapper.

        Pour nous, habitants du littoral, ce naufrage restera le souvenir d’une lutte désespérée contre la mer, mais aussi celui du courage de ces marins et du dévouement de ceux qui, dès que les flots le permirent, se portèrent à leur secours.

Le futur roi du Royaume-Uni, Charles III, en visite à Creully

 Le samedi 5 juin 2004, la veille des commémorations officielles du 60e anniversaire du Débarquement en Normandie, le prince Charles s'est rendu à Creully. Arrivé en matinée par hélicoptère, il y fut accueilli notamment par Roger Levert, alors maire de la commune.

Ce déplacement était consacré aux anciens combattants des 4th/7th Royal Dragoon Guards et des 5th Inniskilling Dragoon Guards, un régiment de cavalerie blindée dont le prince de Galles était le colonel en chef. Devant le mémorial du régiment, élevé dans le village, il prit le temps d'échanger longuement avec les vétérans venus du Royaume-Uni, avant de déposer une couronne de coquelicots à la mémoire des soldats tombés pour la libération de la commune le 6 juin 1944.

Vous pouvez voir le film complet de cette visite dur : https://youtu.be/XctN9NqJp84

Merci à Augustin de Canchy

Creully sur Seulles - Un souvenir avec mon ami Didier, le fils du médecin.

        Parmi mes souvenirs d'enfance, il y a des amitiés qui ne s'oublient pas. L'un de mes meilleurs copains était Didier, l'un des fils du docteur Fillatre, médecin à Creully, qui habitait dans la rue qui descend vers le bief de la Seulles, non loin de l'entrée de la laiterie.

        Nous habitions avec mes parents un peu plus haut dans la rue et chaque fois que son père l'envoyait en mission chez le pharmacien de la place de Creully, Didier ne manquait jamais de passer me chercher pour que je l'accompagne. Ces petites sorties, bien modestes en apparence, étaient pour nous de vrais moments de bonheur.


        Car une fois arrivés chez Monsieur Lefrançois, le pharmacien, nous savions toujours qu'une belle surprise nous attendait : un paquet de bonbons, des gommes ou encore des pastilles à la menthe. Cette générosité simple et sincère envers le fils du docteur, faisait de chaque course un événement que nous attendions avec impatience.

        Ces instants partagés, entre amitié et gourmandise, restent gravés dans ma mémoire comme le parfum même de l'enfance.



1841 - Quand le cultivateur de Tierceville retrouva son bien...

C'était une fraîche matinée d'avril 1841, ce vendredi 16 du mois. La ville de Caen dormait encore à peine, et les premières lueurs du jour éclairaient à peine la rue Neuve des Cordeliers, lorsque Lafontaine, syndic des porteurs de la halle, passa par hasard. L'homme s'arrêta : à ses pieds gisait un sac de cuir. Il le ramassa, l'ouvrit, et découvrit avec stupeur une somme de onze cents francs — une fortune !


        Lafontaine était seul à cette heure, personne ne l'avait vu, personne ne saurait jamais. Mais le cœur de l'honnête homme ne connaissait pas la tentation. Il plaça le sac sur son bras, et, cheminant vers la halle, il ne manqua pas de raconter à chaque personne rencontrée qu'il venait de trouver ce trésor et qu'il brûlait de le restituer à son propriétaire. Et pourtant, que n'aurait pas pu faire cet argent ? Lafontaine était pauvre, et père de trois enfants, dont le pain quotidien dépendait de son travail.
Un chemin de Tierceville non loin de la ferme de Hue.
        Mais la vertu ne reste jamais sans récompense. Le sieur Hue Louis, cultivateur à Tierceville, à qui appartenait l'argent ainsi sauvé, apprit l'honnêteté de son sauveur, et fit tenir à Lafontaine, par l'entremise de M. Bourlier, boulanger, une récompense que le pauvre père de famille n'était pas le dernier à avoir méritée.

Les petits calendriers du coiffeur de Creully : Roger Godefroy

 Ces  calendriers étaient parfumés par les marques de parfums des fournisseurs des coiffeurs.


La vitrine du salon de notre coiffeur.

Le salon sur la place de Creully.
Merci à Claude Leroulley

Le taureau que l'on prit pour un loup-garou dans la plaine de Caen

Dans les campagnes de la plaine de Caen, les vieilles croyances avaient la vie dure. Malgré le chemin de fer qui sillonnaient désormais le pays de Caen à Cherbourg et les journaux qui proclamaient les progrès du siècle, les habitants continuaient à écouter les histoires que l'on racontait au coin du feu. Parmi elles revenait sans cesse celle d'un mystérieux loup-garou qui, disait-on, rôdait dans les chemins creux et les vergers à la tombée de la nuit.

Les anciens affirmaient l'avoir aperçu. Les plus jeunes juraient avoir entendu ses cris lugubres. Les femmes rentraient leur linge avant le crépuscule, les enfants n'osaient plus s'attarder près des haies, et chacun évitait de traverser seul les champs lorsque le soleil disparaissait derrière les pommiers.

Cette rumeur finit par gagner toutes les communes voisines de Caen.

Or, un soir d'automne, alors que le ciel se teintait des dernières lueurs du jour, un événement bien ordinaire allait donner naissance à l'une des plus cocasses aventures qu'ait connues la plaine de Caen.

Dans une ferme voisine vivait un magnifique taureau. C'était un animal paisible, puissant et fier, que son maître n'avait jamais eu besoin d'attacher. Habitué à jouir d'une entière liberté, il allait et venait dans les prés, docile comme un vieux cheval de labour.

Ce soir-là, une visite avait eu lieu à la ferme. Dans le va-et-vient des hommes, quelqu'un oublia de refermer la grande porte de l'étable.


Le taureau s'en aperçut aussitôt.

Peut-être sentit-il le parfum d'une vache paissant dans un champ voisin. Peut-être céda-t-il simplement à l'envie d'une promenade nocturne. Toujours est-il qu'il franchit tranquillement le seuil et s'engagea sur le chemin.

Ses lourds sabots faisaient résonner les pierres. De temps à autre, il lançait un profond mugissement qui roulait dans la campagne comme un grondement lointain.

C'est précisément ce beuglement qui allait mettre le feu aux poudres.

Un homme, déjà gagné par les récits fantastiques qui circulaient depuis plusieurs semaines, dressa soudain la tête.

— Le loup-garou ! cria-t-il d'une voix étranglée.

Le mot venait d'être lancé.

Il traversa le village avec une rapidité prodigieuse.

En quelques minutes, chacun était persuadé que le monstre était revenu.

Les portes claquèrent. Les volets se fermèrent. Puis, presque aussitôt, les plus courageux sortirent pour organiser la chasse.

On vit accourir des hommes armés de vieux fusils, de fourches, de broches, de bâtons


et même de faux. Les plus téméraires promettaient d'en finir avec la créature. Les autres suivaient, davantage poussés par la curiosité que par le courage.

Les femmes n'étaient pas en reste.

L'une serrait si fort son chapelet que ses doigts en blanchissaient.

— Que Dieu nous protège du malin !

Une autre, plus exaltée encore, déclara devant toute l'assemblée :

— Si mon mari doit mourir cette nuit, je mourrai avec lui !

Pendant ce temps, le prétendu loup-garou poursuivait tranquillement sa promenade, ignorant totalement l'émoi qu'il provoquait.

Lorsqu'il aperçut toute cette foule qui lui courait après, il se contenta d'accélérer le pas.

La poursuite commença.

À travers les chemins, les prés humides et les talus, le taureau galopait avec une étonnante agilité. Les chasseurs peinaient à suivre son allure.

Au milieu de cette agitation, un valet de ferme, dont les joues trahissaient quelques verres de cidre de trop, tentait désespérément de ramener chacun à la raison.

— Ne lui faites pas de mal ! répétait-il d'une voix presque suppliante. Vous le connaissez tous ! Ce n'est pas une mauvaise bête !

Mais personne ne voulait l'entendre.

La peur est une conseillère bien peu raisonnable.

Les coups de feu éclatèrent dans la nuit.

Une première détonation.

Puis une seconde.

Enfin une troisième.

Les balles sifflèrent sans atteindre leur cible.

Alors l'un des chasseurs, impressionné par cette incroyable maladresse, s'écria avec conviction :

— Il charme les fusils ! Les balles ne peuvent l'atteindre !

À cette déclaration, plusieurs reculèrent d'effroi. Voilà donc la preuve que le monstre possédait des pouvoirs diaboliques !

Un homme, moins belliqueux que les autres, imagina pourtant une solution plus diplomatique.

S'avançant de quelques pas, il cria vers l'animal :

— Viens donc à la mairie ! On ne te fera aucun mal. Tu n'auras qu'à dire qui tu es !

Le taureau leva lentement la tête.

Il regarda un instant cette étrange assemblée d'hommes essoufflés qui semblaient attendre une réponse.

Puis il reprit tranquillement son chemin.

Il n'avait manifestement aucune envie de comparaître devant les autorités municipales.

Certains racontèrent plus tard qu'il avait même voulu arracher l'écharpe de l'adjoint au maire. Mais ceux qui connaissaient réellement l'animal s'empressèrent de rétablir la vérité : jamais ce brave taureau n'avait montré la moindre agressivité.


Au bout de plusieurs heures de poursuite, las de cette compagnie tapageuse, il retrouva enfin le chemin de sa ferme.


Le chaisier de Creully accusé du vol sacrilège de Sainte-Croix-Grand-Tonne

         Au matin du 18 avril 1856, le village de Sainte-Croix-Grand-Tonne s'éveilla comme à l'ordinaire. Pourtant, lorsqu'il poussa la porte de l'église, le sacristain eut immédiatement le sentiment que quelque chose n'était pas normal.

En avançant dans le sanctuaire, il découvrit les traces d'une intrusion. Une fenêtre avait été forcée, l'un de ses panneaux ayant été brisé. Mais le spectacle qui l'attendait à l'intérieur était plus inquiétant encore.


Les voleurs avaient pénétré jusqu'au tabernacle. La porte en avait été violemment fracturée à l'aide d'un instrument de fer. Deux ciboires avaient disparu, ainsi que la gloire qui surmontait un ostensoir. La valeur des objets dérobés était estimée à environ 600 francs.

La sacristie elle-même n'avait pas été épargnée. Là encore, les malfaiteurs avaient tenté de forcer la porte. Les nombreuses marques laissées dans le bois allaient bientôt fournir aux enquêteurs de précieux indices.

Très rapidement, les soupçons se portèrent sur un homme du voisinage : Modeste-Prosper Chuquet, âgé de quarante-quatre ans, journalier, déjà condamné à deux reprises pour vol et récemment sorti de réclusion.

Sa maison se trouvait à peu de distance de l'église.

Mais un détail allait surtout attirer l'attention des enquêteurs.

Une échelle, abandonnée par les voleurs après leur expédition nocturne, fut reconnue comme appartenant à Chuquet. Elle était habituellement rangée au fond d'une cour, à l'écart des regards. La veille encore, elle s'y trouvait.

Comment cette échelle aurait-elle pu se retrouver près de l'église sans que son propriétaire en sache quelque chose ?

L'affaire prit bientôt une tournure plus précise.

Près d'un jeu de quilles voisin, les voleurs avaient arraché un piquet. La terre humide avait conservé leurs empreintes. Les enquêteurs comparèrent alors les traces avec les chaussures de Chuquet.

La concordance était troublante.

Les semelles semblaient correspondre presque parfaitement aux empreintes laissées sur le sol. Interrogé à ce sujet, Chuquet ne nia pas avoir marché à cet endroit. Il prétendit seulement être venu le matin, après la découverte du vol, poussé par la curiosité.

Mais les traces ne s'arrêtaient pas là. Elles se retrouvaient sur le terrain séparant le jeu de quilles du jardin de Chuquet, puis jusque dans son propre jardin.

Un autre indice allait encore renforcer les soupçons.

Chez Chuquet, les enquêteurs découvrirent un ciseau ébréché en trois endroits. Lorsqu'ils le comparèrent aux marques laissées sur le tabernacle et sur la porte de la sacristie, l'outil semblait correspondre avec une étonnante précision.

Peu à peu, les éléments s'accumulaient.

Et certains faits remontant aux jours précédents prenaient soudain une signification nouvelle.

Le 17 avril au soir, Chuquet avait envoyé sa fille coucher chez une voisine sous un prétexte. Il avait également proposé à un sieur Lemaitre, alors malade, de venir passer la nuit auprès de lui, avant de se raviser en expliquant qu'il ne pourrait finalement pas lui rendre ce service dans la nuit du 17 au 18.

Vers minuit, il s'était encore rendu chez une débitante pour y chercher du cidre. Là, il avait affirmé qu'il était occupé à garder le sieur Lemaitre.

Tous ces détails, qui auraient pu paraître insignifiants pris séparément, devenaient particulièrement suspects lorsque l'on reconstituait les événements de la nuit.

Car Chuquet n'était pas seul.

Le chaisier de Creully
Dans son entourage se trouvaient deux autres hommes : Paul-Valentin-Eugène Le Loryer, âgé de dix-huit ans, domestique à Sainte-Croix-Grand-Tonne, et Jean-Baptiste Letresor, cinquante ans, fabricant de chaises à Creully.

Interrogé sur son emploi du temps, Chuquet finit par reconnaître qu'il avait passé la nuit avec ces deux hommes.

Les soupçons se portèrent alors également sur eux.

Puis survint le témoignage qui allait bouleverser l'affaire.

Le Loryer décida de parler.

Selon ses déclarations, quelques jours avant le vol, Chuquet lui avait proposé de s'associer à lui et à Letresor pour cambrioler l'église.

Le soir du 17 avril, les trois hommes s'étaient retrouvés dans un cabaret avant de se rendre chez Chuquet.


Puis, au cœur de la nuit, vers deux heures du matin, Chuquet et Letresor étaient sortis de la maison en emportant l'échelle.

Le Loryer les avait suivis peu après.

Pendant que les deux autres pénétraient dans l'église, escaladant la fenêtre et forçant les portes, le jeune homme était resté dehors pour faire le guet.

La nuit devait être silencieuse autour de l'église.

À l'intérieur, les deux hommes s'affairaient autour du tabernacle. Le bois résistait, mais leurs outils finirent par avoir raison de la serrure. Quelques instants plus tard, les objets sacrés étaient emportés.

Extrait de l'acte de mariage de Jean-Baptiste Letresor le 04/10/1840 à Creully

Vers trois heures du matin, Chuquet et Letresor rejoignirent leur complice.

Ils lui racontèrent le résultat de leur expédition avant de se séparer.

Mais leur secret n'allait pas rester longtemps caché.

Les déclarations de Le Loryer furent confrontées aux autres indices recueillis par les enquêteurs : l'échelle, les empreintes, les marques laissées par les outils et les circonstances entourant la nuit du vol.

L'ensemble formait un faisceau de présomptions particulièrement lourd.

Quelques semaines plus tard, les trois hommes comparurent devant la Cour d'assises du Calvados.

Dans la salle d'audience, Chuquet continua de nier les faits qui lui étaient reprochés. Le Loryer, au contraire, maintint ses déclarations. Quant à Letresor, il nia également avoir participé au cambriolage.

Les débats permirent au jury d'examiner séparément le rôle de chacun.

Au terme de l'audience, la décision tomba.

Chuquet fut déclaré coupable du vol sacrilège commis dans l'église de Sainte-Croix-Grand-Tonne.

Il fut condamné à vingt années de travaux forcés.

En revanche, les charges retenues contre Letresor et Le Loryer ne furent pas jugées suffisantes pour entraîner leur condamnation. Tous deux furent acquittés et rendus à la liberté.

Ainsi s'acheva cette étrange affaire qui, pendant plusieurs semaines, avait agité Sainte-Croix-Grand-Tonne et conduit jusqu'à la Cour d'assises les trois hommes soupçonnés d'avoir, au cœur de la nuit, profané l'église du village.

Creully (Creully sur seulles) - Les anciennes plaques de cochers.

Les plaques de cocher, un patrimoine à sauvegarder

Levez les yeux aux entrées des villages, au coin d'une maison ou au sommet d'un poteau de fonte : vous apercevrez peut-être une plaque bleue aux lettres blanches, figée là depuis plus d'un siècle. C'est une « plaque de cocher ».

Apposées à partir de 1835, à la suite de circulaires des Ponts et Chaussées, ces plaques directionnelles en fonte étaient fixées à environ trois mètres du sol, sur les façades des bâtiments, aux carrefours et aux entrées des agglomérations. Elles indiquaient aux voyageurs le nom de la commune, la classification du chemin, ainsi que les directions et les distances vers les bourgs voisins. Leur hauteur n'était pas anodine : elle permettait aux cochers, juchés sur le siège de leur diligence, de lire les indications sans descendre de leur attelage — d'où leur nom.

Alors, à votre prochaine promenade dans Creully, prenez le temps de lever la tête : ces modestes plaques de fonte racontent, en lettres blanches sur fond bleu, l'histoire des voyageurs d'autrefois.