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Creully - La reconnaissance aux Sœurs Oblates.

 Dimanche 15 octobre 1957 à Creully

Arrivées à Creully en 1937, les Sœurs Oblates de Sainte-Thérèse n’avaient cessé, depuis vingt années, de se dévouer avec une inlassable générosité auprès des malades et des enfants du chef-lieu de canton comme des communes voisines. Toujours présentes, discrètes et attentives, elles avaient gagné, au fil des jours, l’affection profonde de toute une population.

Aussi, pour marquer le vingtième anniversaire de leur arrivée, habitants et élus tinrent-ils à leur témoigner leur reconnaissance en leur offrant une automobile destinée à faciliter leurs nombreux déplacements au service des autres.

La remise du véhicule — une 2 CV Citroën — donna lieu à une émouvante cérémonie empreinte de simplicité et de chaleur humaine. Autour de Mgr Chatillon, vicaire général, et de M. Paillaud, conseiller général et maire de Creully, avaient pris place la plupart des maires des communes où s’exerçait l’action bienfaisante des religieuses : M. Bove, de Tierceville ; Mme Roussel, de Saint-Gabriel ; MM. Champonnois, de Villiers-le-Sec ; Bailleul, de Rucqueville ; Picard, d’Amblie. Les maires de Brécy et du Manoir, retenus, n’avaient pu assister à la cérémonie du matin.

De nombreuses personnalités avaient également tenu à s’associer à cet hommage : MM. Delacour, conseiller honoraire à la Cour des comptes ; Me Fortier, notaire et représentant des anciens combattants ; Lefrançois, représentant des A.C. ; Hamon, le chef Mézerette et le gendarme Pagnon, de la brigade de Creully ; ainsi que le lieutenant Chateigner et l’adjudant Marie, des sapeurs-pompiers.


La grand-messe solennelle fut célébrée par M. l’abbé Delhon, curé de Coulombs. Les chants liturgiques, admirablement interprétés par la chorale Pilon-Dutey de Pont-l’Évêque, apportaient à cette belle journée une ferveur et un éclat tout particuliers. La quête était assurée par Mmes Paillaud et Delacour.

À l’issue de l’office, au cours duquel M. le chanoine Tribouillard, curé-doyen de Creully, puis Mgr Chatillon, évoquèrent avec émotion le travail humble et souriant accompli par les religieuses, M. Paillaud remit solennellement les clés de la voiture aux Sœurs, entourées de la supérieure de leur congrégation. La petite Michèle Lefèvre adressa alors aux religieuses un délicat compliment qui toucha profondément l’assistance.

La journée s’acheva dans une atmosphère de cordialité et de gratitude lors d’un repas donné en l’honneur de ces femmes dévouées à l’hôtel Saint-Martin.


Les Sœurs, en 1946 initiaient les jeunes filles de Creully à la couture.


Nous allions au patronage avec les sœurs oblates, rue d'Arromanches. Des enfants de Tierceville et de Saint-Gabriel-Brécy nous rejoignaient.


Rappelez-vous copains, copines, des jeudis après-midi. Les boulangers offraient le pain et les sœurs ou nos parents faisaient les confitures.


Elles participaient à la vie de la paroisse.



Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" (sixième partie) - L'énigme résolue

 Après avoir étudié les textes me permettant d'établir la liste des propriétaires ou exploitants des terres "des Mares" et "des Petites Mares", j'ai retracé la généalogie des familles "Desjardins", "Delacour" et "de Brunville".


Précisions pour la lecture du document ci-dessous :
- à gauche, la généalogie de la famille Desjardins ;
- au centre, en haut la famille Delacour ; 
- à droite, une branche de la famille Desjardins qui posséda les terres "des Mares" ;
- au centre la famille de Brunville (un tableau de la généalogie de cette famille est sur le document suivant) ;
- la ligne du bas est la liste des familles qui apparaissent sur les documents anciens consultés;
- les flèches bleues indiquent qui possédait une ou des terres "des Mares" et/ou "des Petites Mares".

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Quand les terres passèrent de la famille "Le Maître Desjardins" à la famille "Delacour" à travers les actes d'état civil de Paris.

Retrouvons la branche "de Brunville"

Dans un cartulaire des fiefs et seigneuries de Saint Gabriel, de Fresné le Crotteur, de la Carbonnière et du Bourguais, nous trouvons ceux appartenant aux "de Brunville de Poussy". Les "de Brunville" avaient également d'autres terres à Saint Gabriel dont celles se trouvant entre le prieuré à la rivière "la Seulles".


Sur le document concernant la famille "de Brunville", intéressons-nous à André-Léon (en haut de la liste). 

André Léon est né à Poussy la Campagne le 12 avril 1739.
Son acte de Naissance

Il portait comme titres : 
- sieur de la Bouillonnière;
- de la Carbonnière;

Le fief de Carbonnière s'étendait à Creully, Saint-Gabriel et Fresné-le-Crotteur

Titres qu'il obtint du mariage d'un de ses aïeux avec Jeanne Bonnel au XVIIe siècle.

Nous trouvons dans la faille de Jeanne Bonnel: 

Louis Bonnel, sieur de la Carbonnière, anobli (1618-1662).

Pierre Bonnel, sieur de la Carbonnière, son frère (1624-1647).

Pierre Bonnel, capitaine au régiment du duc d'Orléans (fin XVIIe s.).

François Bonnel, sieur de Brécy - Commission de capitaine au régiment de Puyguion Cavalerie (1693-1694) ;

Etienne Bonnel, sieur de Cantebrun : succession (1723) ; succession de Michel Néel, sieur de la Bouillonnière, réformé absent du royaume (1690).

Marie Bonnel, épouse de Simon, Pierre Le Vaillant, sieur de la Ferrière.

- de Saint Gabriel;

- de Fresnay le Crotteur; localité qui fut rattaché à Saint Gabriel en 1827.


Les "de Brunville" achètent une terre à Creullet (Creully)


André Léon de Brunville fut grenadier royal de la Martinique.

Les grenadiers royaux de la Martinique au XVIIIe siècle étaient des soldats d’élite, envoyés pour défendre la colonie contre les menaces extérieures et maintenir l’autorité française dans les Antilles. Leur histoire illustre l’importance stratégique de la Martinique pour la France à cette époque.

Dessin de D.Davin

Les grenadiers royaux étaient organisés en compagnies ou en régiments, comme le régiment des grenadiers royaux de la Martinique, mentionné dans les archives militaires. On trouve trace de leur présence entre 1760 et 1762, avec des officiers comme le chevalier de Brunville, capitaine des grenadiers royaux de la Martinique. Ces troupes étaient souvent complétées par des milices locales et des compagnies de chasseurs ou de canonniers-bombardiers.


Capitaine réformé des grenadiers royaux de la Martinique ; pour appointement de réforme qui seront supprimés lors de son remplacement, André-Léon de Brunville perçoit une pension de 250 livres.

À son retour sur ses terres de Saint-Gabriel, en hommage à son périple aux Antilles françaises, il leur attribua le nom de « la Martinique », remplaçant ainsi l’appellation « les Mares ».

Je reviendrai sur ce André Léon de Brunville, sur sa vie mais aussi sur ses péripéties en Martinique et son retour en France.

Tel est le fruit de mes recherches dans les archives écrites des siècles passés.

Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (cinquième partie) - Les propriétaires

 Les Archives Départementales du Calvados conservent précieusement un grand ouvrage daté de 1776, intitulé « Papier terrier du domaine fieffé et non fieffé, droits, dignités et revenus de la manse priorale de Saint-Gabriel ».

J’ai passé de nombreuses heures à étudier cet ouvrage, rédigé par des moines de l’abbaye de Fécamp. Le prieuré de Saint-Gabriel avait été fondé au XIe siècle par trois religieux envoyés par Jean de Ravenne, abbé bénédictin de Fécamp, à la demande de Richard de Creully (Ricarus de Croilei).

Sur plan du XVIIIe siècle, des terres de Saint Gabriel, des parcelles sont appelées "les Mares" et "les petites Mares"; elles deviendront plus tard les terres de "la Martinique".
Numérotation des parcelles concernées par mon étude.
Ci-dessous, un exemple des textes sur lesquels j'ai recherché les personnes mentionnées afin d'établir des tableaux que vous trouverez plus bas.

Appartient à François le Maître Sieur Desjardins, fils d’Étienne le Maître et le dit Étienne fils de Denis le Maître qui représentait par acquis Louis Bonnel Sieur de la Carbonnière contenant vingt acres en prairie ou herbage nommée partie le haut pays, et l’autre partie l’herbage des Mares ou prairie des Yea, anciennement en plusieurs pièces qui composaient les delles des Yea, de dessus les Yea, du bas des Yea, Deuherchieu, et de la falaise.
Aujourd’hui réunies en un seul morceau qui jouxte d’un côté au levant le dit Sieur
Desjardins et les fils dudit Sieur Duparc le Maître, d’autre côté au couchant
la rivière de Seulle et en partie le Sieur Prieur de Saint Gabriel, d’un bout au nord ladite rivière et  lesdits fils du sieur Duparc et d’autre bout au midi le chemin de Varembert du nombre de laquelle pièce il y en a quatre acres trois vergées faisant partie de la portion nommée le haut pays, qui jouxte au levant les maisons  du dit sieur Desjrdins et en partie l’herbage des fils dudit Sieur Duparc,  au couchant le surplus de la dite portion nommée  le haut pays d’un bout au nord  de la dite herbage des fils dudit sieur Duparc et l’autre portion dicelle pièce
nommée la prairie des Yea et d’autre bout au midi le dit Chemin de Varembert relevant du prieuré de saint Gabriel. Le surplus de ladite pièce pour quinze
acres avec une vergée, relève des fiefs des Sieurs de Brunville suivant le règlement du 1er May 1775.

En rouge, deux familles qui ont de l'importance dans mes recherches.



TABLEAUX récapitulants les propriétaites ou exploitants des terres "des Mares" et "des Petites Mares

Articles précédents :

Le château de la Martinique

Les plans et cartes

Le camp de Vaussieux

Desjardins et Varambert

Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (quatrième partie) - Des femmes en vogue vers la Martinique - Desjardins et Varambert

Au XVIIIᵉ siècle, des femmes ont été envoyées de la métropole vers la Martinique pour plusieurs raisons liées à la colonisation française et à l’organisation sociale des colonies.
Dans les colonies françaises des Antilles, il y avait surtout des hommes européens (soldats, administrateurs, planteurs). Le déséquilibre entre hommes et femmes posait problème pour la stabilité sociale et la reproduction de la population coloniale blanche.
L’administration coloniale encourageait donc l’arrivée de femmes pour former des familles européennes et éviter que les colons vivent uniquement avec des esclaves ou des femmes non européennes.
La monarchie française, sous des règnes comme celui de Louis XIV puis de Louis XV, cherchait à renforcer le peuplement européen dans les colonies.

Envoyer des femmes permettait :
- de stabiliser les colons;
- de créer des familles installées durablement;
- de renforcer la présence française face aux autres puissances coloniales.

Une partie des femmes envoyées :
- venaient d’orphelinats ou d’hôpitaux (comme ceux de Hôpital général de Paris)
étaient issues de milieux très pauvres;
- parfois considérées comme « sans ressources ».

On leur promettait souvent un mariage et une nouvelle vie dans la colonie.
À leur arrivée en Martinique, ces femmes pouvaient :
être mariées rapidement à des colons,
ou être placées comme domestiques avant mariage.
Ces envois de femmes servaient surtout à peupler les colonies, stabiliser la société coloniale et encourager la formation de familles européennes dans les Antilles.

Dans un convoi qui prit le départ de Paris le 12 Septembre 1682, 50 filles allaient être conduits à la Martinique. L'une d'elles, Elisabeth Desjardins, 24 ans, est désignée comme gouvernante des filles.

Mes recherches confirmèrent qu'Elisabeth Desjardins n'avait rien à voir avec La famille Desjardins qui fut propriétaire des terres de Saint Gabriel.

Autre recherche aux Antilles.

En effectuant mes recherches, j’ai découvert qu’un certain Nicolas Desjardin épousa, au XVIIIe siècle, une jeune fille prénommée Anne Marguerite. 

Ce nom m’a conduit jusqu’à Saint-Gabriel, ou plus précisément vers Brécy. Elle portait le nom de Varambert, qui est aussi celui d’un hameau de Brécy, ainsi que celui du chemin passant devant la ferme et le château « des Mares ».


Nouvelle déception. Ce mariage entre ces deux patronymes  ne m'amena pas sur les terres du Bessin.

Articles précédents :

Le château de la Martinique

Les plans et cartes

Le camp de Vaussieux


Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (troisième partie) - Le camp de Vaussieux

 Les anciens de Saint Gabriel nous indiquent que le nom de "la Martinique" viendrait d'une grande manoeuvre de l'armée sous Louis XVI dont le but était d'expérimenter une nouvelle méthode de combat.

Le Camp de Vaussieux, septembre 1778

En ce mois de septembre 1778, alors que les feuilles commençaient à se parer des couleurs de l’automne, un camp militaire imposant prit vie sur la rive droite de la Seulles, à l’est de Bayeux. Trente-cinq mille hommes, infanterie et cavalerie confondues, s’y rassemblèrent, déployant leurs tentes et leurs étendards entre la grande route reliant Caen à la capitale du Bessin et les étendues verdoyantes s’étirant vers la mer. Ce camp, qui devait marquer les esprits, fut baptisé camp de Vaussieux, en hommage au maréchal de Broglie, commandant en chef, qui avait établi son quartier général au château de ce nom, niché dans la commune d’Esquay-sur-Seulles.


L’état-major, composé des plus illustres seigneurs de la Cour, y brillait de tout son éclat. Parmi eux, M. de Cheylus, évêque de Bayeux, se distingua par son faste et sa générosité, accueillant les officiers avec une magnificence qui reflétait l’opulence de l’époque.

Les troupes, divisées en deux corps, s’affrontèrent lors d’une petite guerre simulée, où la stratégie et l’honneur se mêlaient. Le maréchal de Broglie dirigeait l’un des camps, tandis que l’autre était placé sous les ordres du valeureux, mais tragique, Luckner. Ce dernier, déjà marqué par le poids des années, devait plus tard commander les armées françaises au début de la Révolution, avant de connaître une fin funeste sur l’échafaud en 1793. Après des manœuvres savantes, des charges de cavalerie retentissantes et des feux d’artillerie éclatants, la victoire sourit finalement aux troupes de Luckner. C’est à cet épisode que l’on doit le nom d’un hameau de la commune d’Esquay, baptisé la France, en mémoire de cette glorieuse journée.

Certains habitants locaux précisaient que "la Martinique" c'était peut-être le nom d'un des régiments présents.

Aucun régiment portait ce nom.

Vers la fin du mois d’août 1778, alors que les derniers feux de l’été embrasaient encore les campagnes de Normandie, les troupes destinées au grand camp commencèrent à affluer. Dès le 25 août, les régiments, disciplinés malgré le désordre ambiant dont les chroniques ont gardé la trace, prirent progressivement leurs quartiers. Avant même que le premier septembre ne sonnât, l’ensemble des forces était installé, ordonné sous les tentes comme les pièces d’un vaste échiquier militaire.

Aujourd’hui encore, le musée de Caen conserve une carte précise de ce camp de Vaussieux, dressée sur place en 1778. Ce document, témoin silencieux de l’histoire, rappelle l’éclat éphémère de ces journées où la Normandie fut le théâtre d’une page militaire aussi grandiose qu’oubliée.


Voici comment se déployaient ces hommes, dans un ordre aussi rigoureux que majestueux :

À l’avant-garde, face au bourg de Vaux-sur-Seulles, s’étendaient les régiments d’infanterie de Champagne, de la Reine — dont les étendards flottaient avec une grâce souveraine —, de Flandre et de Beauce, leurs uniformes alignés comme une muraille humaine.

Plus loin, devant le village d’Esquay, se tenaient, en une ligne ininterrompue, les régiments de Bassigny, de Médoc, de Soissonnais, de Rohan-Soubise, de Nivernais, de Bourgogne, de Conti, de Touraine, de Penthièvre, d’Aunis, du Roi, de la Couronne et de Forez, leurs enseignes claquantes sous le vent.

Derrière cette imposante phalange, plus près encore du château d’Esquay, avaient élu domicile les régiments de Royal-Bavière et de La Marck, ce dernier placé sous le commandement avisé du baron Félix-Louis de Wimpfen, dont la réputation de stratège n’était plus à faire.

Quant à l’artillerie, véritable nerf de la guerre, elle occupait une position clé : un
parc de quarante canons, servi par six compagnies du premier bataillon du régiment de Toul et une demi-compagnie d’ouvriers sous les ordres de Dupuget-d’Orval, avait été établi en avant de la ferme des Mares, sur la paroisse de Saint-Gabriel. Les régiments de Saintonge et d’Aquitaine, spécialement chargés de veiller sur ces redoutables engins, y avaient dressé leurs tentes, prêts à faire tonner le bronze au premier signal.

Ce n'est donc pas la raison du changement de nom pour devenir "la Martinique"

Articles précédents :

Le château de la Martinique

Les plans et cartes

Sources: Archives nationales et départementales


Saint Gabriel ..... "des Mares" à "la Martinique" un mystère (deuxième partie) - Les plans et cartes

 Après vous avoir présenté le château de la Martinique, je vous invite à découvrir les terres qui portaient autrefois les noms de « Les Mares » et « Petites Mares », avant d’apparaître sous la dénomination « La Martinique » sur le plan cadastral de 1811.



Document très rare consulté aux archives départementales du Calvados
Fin XVIIIème siècle

Les deux documents ci-dessus sont datés du 12 juillet 1797


Carte d'état-major (1820-1866)

Articles précédents :

Le château de la Martinique