
L'eau puisée dans le bief de la Seulles était acheminée avec des tuyaux également récupérés dans le matériel militaire.



Ce matin-là, le 9 février de l’an de grâce 1839, alors que l’aube à peine naissante étendait ses doigts pâles sur les grèves désertes de Graye-sur-Mer, près de Courseulles, le sieur Leroux, modeste fermier au service de Monsieur de Gaumont, s’aventura sur les sables encore humides des pleurs de la nuit. L’homme, robuste et laborieux, avait pour mission d’y puiser ces grains dorés que la terre et la mer, dans un éternel combat, abandonnent parfois aux rivages. Six heures sonnaient à l’horloge du clocher lointain lorsque, d’un pas résolu, il engagea sa charrette et ses cinq chevaux, fiers et vigoureux, sur la plage endormie.
Hélas
! Qui donc aurait pu pressentir le funeste destin qui guettait ce pauvre
travailleur ? Le flot, traître et silencieux, s’était insinué entre les dunes,
tel un voleur dans la nuit. Pendant qu’il s’affairait, courbé sous le poids de
sa tâche, à remplir sa charrette du sable nécessaire aux besognes de la ferme,
la marée, sournoise, montait, montait encore, coupant peu à peu toute retraite.
Un courant perfide, né des caprices de l’océan, avait fait de la plage une île
éphémère, un piège mortel où l’homme, sans le savoir, s’était lui-même enfermé.
Quand
enfin il releva la tête, essuyant la sueur de son front buriné par les vents
salés, ce ne fut plus le chemin familier qu’il aperçut, mais un mur d’écume,
une barrière liquide et infranchissable. Autour de lui, l’eau, froide et
impitoyable, gagnait du terrain, avide de sa proie. Le sieur Leroux, le cœur
battant à se rompre, comprit alors l’horreur de sa situation. « Mon Dieu !
» murmura-t-il, les yeux écarquillés d’effroi, « comment ai-je pu ne
point voir le danger ? » Mais il était trop tard. Personne, en cette heure
matinale où le monde semblait encore plongé dans les bras du sommeil, ne
pouvait entendre ses appels désespérés. Pas une âme ne foulait le sable à cette
heure où les pêcheurs regagnaient à peine leurs chaumières et où les premiers
rayons du soleil se reflétaient, ironiques, sur les flots déchaînés.
L’homme
ne savait point nager. Cette simple vérité scellait son sort. « À l’aide !
» cria-t-il, la voix brisée par l’angoisse, tandis que les vagues, telles
des bêtes affamées, léchaient déjà les roues de sa charrette. « Y a-t-il
quelqu’un ? Au secours, pour l’amour du Ciel ! » Mais ses paroles se
perdirent dans le mugissement du vent et le grondement sourd des lames qui, une
à une, s’élevaient, implacables, réduisant son refuge à chaque instant.
Chaque
vague, en se brisant sur le rivage, semblait lui chuchoter : « Ta fin est
proche. » Et chaque fois, le niveau des eaux montait, inexorable, comme
une horloge comptant les dernières secondes d’une existence. Il tenta de
rassurer ses chevaux, dont les naseaux fumants trahissaient une terreur égale à
la sienne. « Doucement, mes braves, doucement… » Mais les bêtes,
sentant l’approche de la mort, hennissaient, se cabraient, rendant son calvaire
plus insupportable encore.
Que
pouvait-il faire, lui, simple mortel, face à la colère de Neptune ? Aucun
secours ne viendrait. Personne ne viendrait briser les chaînes que la mer lui
avait jetées. Il vit alors, dans un éclair de lucidité cruelle, la mort
s’avancer vers lui, vêtue des atours sombres de l’océan, inéluctable,
inévitable. « Est-ce donc ainsi que doit s’éteindre ma vie ? »
songea-t-il, tandis que les vagues, toujours plus hautes, commençaient à lécher
ses bottes, puis ses genoux, puis sa taille.
L’horreur
de sa situation dépassait tout ce qu’un esprit humain pouvait concevoir. L’eau
glacée lui serrait la poitrine, lui volait son souffle, tandis que ses doigts,
crispés sur le bois rugueux de la charrette, blanchissaient sous l’effort vain
de résister. « Seigneur, ayez pitié de mon âme… » pria-t-il, les
larmes mêlées aux embruns. Mais le ciel, indifférent, demeurait de marbre.
Et
quand enfin les flots, dans un ultime assaut, engloutirent l’homme, sa
charrette et ses malheureux chevaux, il ne resta plus, sur la plage déserte,
que le silence — ce silence lourd et solennel qui suit toujours les grands
drames, et que seul le ressac venait troubler, comme pour effacer jusqu’au
souvenir de cette vie arrachée trop tôt.
En ce mois de septembre 1848, alors que les feuilles commençaient à peine à se parer des teintes dorées de l’automne, un drame d’une violence inouïe vint frapper le paisible bourg de Creully. Un incendie, aussi soudain que dévastateur, s’abattit sur les terres laborieuses, semant la désolation et la terreur dans le cœur de ses habitants. Les langues de feu, avides et impitoyables, léchèrent le ciel avec une fureur infernale, réduisant en cendres les fruits
d’une année de labeur. Trois meules immenses, symboles de la sueur et de l’espoir des paysans, furent englouties par ce brasier monstrueux : deux d’entre elles, composées de foin et de chaume de colza, et une troisième, colossale, renfermant près de six mille gerbes de blé, propriété du sieur Lecoq, cultivateur respecté de la région. En quelques instants, ce qui devait nourrir les familles pendant les longs mois d’hiver ne fut plus qu’un amas de braises fumantes, un rêve consumé par la fournaise.Mais c’est dans
l’adversité que l’âme humaine révèle sa grandeur. Et ce jour-là, les habitants
de Creully répondirent à l’appel du devoir avec une promptitude et un courage
qui forcent l’admiration. Hommes, femmes, enfants, tous accoururent, le visage
marqué par l’angoisse, les mains tremblantes mais déterminées, pour tenter
d’endiguer la marche destructrice des flammes. Leurs cris se mêlaient au
crépitement sinistre du feu, leurs seaux d’eau semblaient dérisoires face à
l’ampleur du désastre, et pourtant, aucun ne recula. Leur dévouement, aussi pur
que désintéressé, illumina cette nuit de cauchemar d’une lueur d’humanité.
Parmi ces âmes
héroïques, un homme se distingua par un acte de bravoure qui devait lui coûter
la vie. Jean-Louis Massier, un
ouvrier menuisier originaire de Bayeux, venu prêter ses bras à
Creully, aperçut la meule de foin, la plus imposante et la plus menaçante de
toutes. Elle se dressait telle une tour de paille, prête à s’effondrer et à
propager l’incendie jusqu’aux premières maisons du bourg. Sans hésiter, sans
songer à sa propre sécurité, il s’élança vers elle, comme poussé par une force
supérieure. À peine avait-il atteint son sommet que, sous ses pieds, la
structure, rongée par les flammes, céda dans un grondement sourd. La meule
s’affaissa, entraînant dans sa chute le malheureux Massier, qui disparut dans
le cœur même de l’enfer. Les témoins, pétrifiés d’horreur, entendirent à peine
son dernier cri étouffé par le rugissement du feu. Malgré les efforts
désespérés de ses compagnons, qui se précipitèrent pour le sauver, rien ne put
arracher son corps aux griffes de la fournaise. Quand enfin on parvint à le
retirer des décombres, il n’en restait qu’une dépouille méconnaissable, un
témoignage muet et poignant de son sacrifice.
Le sort ne se contenta
pas d’une seule victime. Jean Binet, conducteur
d’une des voitures reliant Creully à Caen, fut lui aussi happé
par la voracité des flammes. On le retira, vivant mais à peine, de cet abîme de
feu. Son visage et le haut de son corps portaient les stigmates de sa bravoure
: des brûlures si profondes et si étendues qu’elles semblaient avoir marqué sa
chair à jamais. Les médecins, le visage grave, murmurèrent des paroles
d’espoir, mais tous savaient que la route vers la guérison serait longue et
douloureuse. Pourtant, dans ses yeux fiévreux, une lueur de vie persistait,
comme pour rappeler que le courage, parfois, triomphe de la mort elle-même.
Un autre Creullois,
dont le nom ne nous est pas parvenu, fut également touché par le brasier, mais les cieux, cléments
envers lui, lui épargnèrent le pire. Ses blessures, bien que
douloureuses, n’étaient que légères en comparaison du sort de ses compagnons.
Ainsi, en cette
journée funeste, Creully pleura ses héros
et ses rêves consumés. Les flammes, enfin domptées, ne laissèrent
derrière elles que des cendres et des souvenirs de bravoure. Et tandis que le
soleil se couchait sur le bourg endeuillé, une question résonnait dans l’esprit
de tous : comment oublier ceux qui, sans hésiter, avaient offert leur vie pour
sauver celle des autres ?
Mais les foires n’étaient pas seulement des lieux de commerce. C’était aussi un moment de fête et de rencontre. On y écoutait de la musique, on assistait à des spectacles, et les habitants des villages voisins s’y retrouvaient.
Les foires animaient la vie rurale et permettaient aux habitants de gagner de l’argent et d’échanger des nouvelles. Elles faisaient partie du rythme de vie traditionnel des campagnes avant l’arrivée des grands marchés et du commerce moderne.
Je vous invite à retourner dans le passé; plus précisemment en 1638 dans la petite localité de saint Gabriel connue pour son prieuré.
Un document, conservé aux archives départementales du Calvados, présenteVoyez la liste ci-dessous.
Dans le modeste bourg d’Arromanches, niché au creux des
vagues et des brises marines, résidait un curé dont la renommée de prédicateur
transcendait les frontières de la petite localité.
Ce dimanche 7 juillet 1833, l'église Saint-Martin
d’Asnelles, avec sa nef baignée de lumière et son chœur empreint de solennité,
s'apprêtait à accueillir un événement des plus remarquables. Le curé, drapé
dans l'aura de sa sagesse, avait été convié à y prononcer un sermon depuis la
chaire de bois, vieille sentinelle sculptée, témoin silencieux des siècles
passés, située à gauche de la nef, non loin du chœur.
Eglise d'Asnelles
Les cloches de l'église, dans leur élan frénétique,
semblaient vouloir fendre l'air de leurs vibrations, appelant les fidèles et
les moins croyants à se rassembler. Ce jour-là, même les agnostiques, poussés
par une curiosité insatiable, avaient trouvé place parmi l'assemblée, avides
d'entendre ce sermon annoncé comme inspiré par le Saint-Esprit lui- même.
L'église, dans son ensemble de pierres et de bois, n'avait jamais connu
pareille affluence.
L'abbé Rémy, enveloppé dans sa chasuble brodée de fils
d'or et d’argent, s'éleva lentement vers la chaire, cette pièce de bois
sculpté, vestige d'une époque où même les vers hésitaient à s'attaquer au chêne
béni. Depuis vingt minutes, il captivait un auditoire nombreux et attentif,
posant les fondations solides de l'église catholique avec une éloquence qui,
bien que parfois interminable, faisait de lui un homme aussi dévoué que redouté
pour ses longs discours.
La corpulence du prédicateur, jointe à la chaleur de
son débit et à la gestuelle qui accompagnait ses paroles, ajoutait une
dimension presque théâtrale à son sermon.
— Qu'ils
prennent corps, bien, honneur, femme et enfants ; laissons-les faire, ils n'y
gagneront rien. Le Royaume doit nous rester ! S’exclama-t-il, s'adressant à ses
ouailles attentives.
— Il nous
restera, ajouta-t-il avec une ferveur grandissante, le Royaume de Dieu sur la
terre, dans l'abaissement, dans le dénuement, dans l'opposition peut- être ;
mais certainement un jour dans le ciel, dans la gloire infiniment excellente de
l'éternelle béatitude de Jésus-Christ.
— Voici
l’Esprit, mes bien-aimés, dont l’assistance nous est nécessaire si nous voulons
travailler dignement à l’édification de l’Église de Dieu...
— Les bases de notre église sont indestructibles.
—Mais au
moment précis où il leva les bras au ciel pour condamner l’orgueil des hommes
qui s’élèvent trop haut, un craquement sourd, semblable à un grondement
céleste, retentit dans l'église.
Les paroissiens, saisis d'effroi, échangèrent des
regards interrogateurs, cherchant en vain l'origine de ce bruit sinistre. La
réponse ne se fit pas attendre : un nuage de poussière s'éleva soudain sous la
chaire, et leur curé bien-aimé disparut de leur vue.
Ce ne fut pas le cri du religieux qui se fît entendre,
mais celui d'une paroissienne, sérieusement blessée par l'incident. L'homme de
Dieu, se reprenant avec une dignité admirable, déclara d'une voix ferme :
— Mes
frères, le Seigneur a parlé. Il préfère l’humilité à la hauteur. Désormais, je
prêcherai du sol.
La nuit de Noël étendait son manteau d’étoiles sur les campagnes normandes endormies, et le gel argentait les branches des pommiers comme une bénédiction discrète. Dans les hameaux perdus, où les traditions se chuchotent de génération en génération, les jeunes filles aux joues rosies par le froid et l’espoir revenaient de la messe de minuit, le cœur battant à l’unisson des cloches lointaines. Leurs doigts gourds effleuraient les rameaux des arbres, et chacune d’elles en choisissait un, qu’elle glissait dans une fiole d’eau pure, suspendue ensuite à sa fenêtre comme une offrande au destin. « Si un seul bourgeon s’ouvre avant Pâques, disait la légende, l’année verra naître un amour. » On nommait cela une Pâque fleurie, ce fragile présage où la nature elle-même semblait conspirer en faveur des rêves les plus secrets.
Parmi
les ombres mouvantes d’un château, forteresse médiévale, près de Caen, vivait
Pauline, une jeune Bretonne au visage pâle et aux yeux clairs comme les
ruisseaux de son pays. Son pas était léger, sa voix douce, et son âme aussi
pieuse que celle d’une sainte. Mais le sort, en sa cruauté, lui avait imposé
une bosse, ce fardeau invisible qui alourdissait chaque regard posé sur elle.
Les autres servantes la toisaient, mi-amusées, mi-méprisantes, et Pauline,
résignée, portait sa différence comme une pénitence. Pourtant, en son for
intérieur, elle gardait intacte la flamme d’un espoir têtu.
Cette
nuit-là, tandis que ses compagnes, insouciantes, regagnaient leurs chambres en
riant, elle s’attarda sous les pommiers noirs, leurs silhouettes découpées dans
la lune comme des sentinelles veillant sur les rêves. D’un geste furtif, elle
détacha un rameau, le serra contre sa poitrine et murmura une prière. «
Seigneur, si Vous existez, faites que cette branche fleurisse… »
Puis, le cœur battant, elle la déposa dans une fiole qu’elle déposa près de la
fenêtre de sa chambre, comme un secret confié à la nuit.
Mais
les murs ont des oreilles, et les cœurs légers aiment à se repaître des
faiblesses d’autrui. Une langue venimeuse divulgua son geste, et bientôt,
l’office entier se gaussa de la « folle bossue » et de sa crédulité. «
Une Pâque fleurie ? Pour elle ? » Les rires claquaient comme des
fouets, et Pauline, les joues brûlantes, feignait de ne pas entendre. Elle
priait, encore et toujours, les mains jointes, les yeux levés vers le rameau
qui refusait de s’éveiller.
Le
samedi saint, alors que l’espoir de Pauline s’étiolait comme la branche dans
son eau, un des jardiniers, complice d’une farce cruelle, substitua au rameau
fané une tige constellée de fleurs roses, aussi artificielles que les sourires
qui allaient bientôt se moquer d’elle. Quand, au matin, elle découvrit le «
miracle », son visage s’illumina d’une joie si pure, si radieuse, qu’on aurait
cru voir un ange descendre sur terre. « C’est un signe ! »
s’exclama-t-elle, les yeux brillants, serrant contre elle le bouquet comme une
preuve de la clémence divine.
Mais
les moqueurs guettaient. À peine eut-elle franchi le seuil de l’office que les
éclats de rire explosèrent, les quolibets pleuvaient, et les regards se firent
plus durs que la pierre. « Regardez-la, la bossue ! Elle croit
encore aux contes ! » Les larmes montèrent aux yeux d’Pauline,
grosses, silencieuses, roulant sur ses joues comme des perles trahies. C’est
alors que la porte s’ouvrit, et la châtelaine apparut, son visage noble
empreint d’une colère froide. « Assez, » dit-elle d’une
voix qui fit taire les rires. La lingère, honteuse, lui avait tout raconté : la
cruauté du jeu, la naïveté de Pauline, et cette foi inébranlable qui, malgré
tout, persistait.
S’avançant
vers la jeune fille, la dame du château prit délicatement le rameau fleuri et y
enroula un billet de mille francs, avant de le lui tendre avec une gravité
solennelle. « Pauline, » dit-elle, «
cette Pâque fleurie ne vous aura pas menti. Vous êtes une âme honnête, et le
bonheur vous est dû. Puisse cette dot vous ouvrir les portes d’un avenir où
l’on saura vous aimer comme vous le méritez. »
Les
jours qui suivirent virent le jardinier, honni pour sa participation à la
mystification, tenter de racheter sa faute en demandant la main de Pauline.
Mais celle-ci, avec une dignité qui surprit jusqu’à ses bourreaux, refusa
poliment. « Mon cœur, » murmura-t-elle,
« a déjà choisi un autre chemin. »
Et
c’est ainsi que Pauline, la bossue au sourire timide, devint la preuve vivante
que les miracles existent — non pas dans l’éclat des fleurs trompeuses, mais
dans la résilience de ceux qui, malgré les railleries du monde, osent encore
croire en la douceur de la vie. Car parfois, il suffit d’un rameau, d’une
larme, et d’un peu de lumière pour que l’impossible devienne réalité.
Dans un petit village perdu au cœur
du Calvados, là où les collines douces se marient aux vieux pommiers et où le
vent murmure des secrets à travers les haies bocagères, un étrange livret vient
d’être distribué aux habitants. Son titre, Lectures choisies pour les
campagnes, de Louis Halphen, résonne comme une invitation à redécouvrir les
mystères de la nature, ces signes subtils que le ciel et la terre offrent à
ceux qui savent encore écouter. Parmi les pages jaunies par le temps et l’odeur
de foin, un chapitre attire particulièrement l’attention : celui qui enseigne
l’art délicat de décrypter les présages de la pluie. Car, voyez-vous, la pluie
n’arrive jamais sans avertir. Elle s’annonce, telle une voyageuse discrète, par
une symphonie de gestes et de murmures que seuls les cœurs patients et observateurs
peuvent percevoir.
L’auteur, avec la minutie d’un
peintre décrivant les nuances d’un coucher de soleil, dresse une liste de ces
signes, si curieuse, si savoureuse, qu’il serait dommage de la laisser sombrer
dans l’oubli. Alors, laissez-moi vous conter, comme on raconte une légende au
coin du feu, ces augures qui font frissonner les campagnes avant que les
premières gouttes ne viennent caresser la terre assoiffée.
Ainsi, la nature toute entière semble
retenir son souffle, chaque créature jouant son rôle dans cette symphonie
silencieuse qui précède l’averse. Et quand enfin les premières gouttes tombent,
légères, sur les feuilles et les toits, on comprend que tout cela n’était qu’un
long prélude, une danse secrète entre la terre et le ciel.
Pierre Salez, habitant des bords de la Seulles à Creully, nourrissait une passion dévorante pour le septième art. L’année 1956 marqua un tournant dans sa vie, lorsqu’il osa saisir sa caméra pour immortaliser, dans un film intimiste, les méandres de cette rivière qui serpentait au cœur de son village natal.
Les décennies s’écoulèrent, emportant avec elles les traces de cette œuvre oubliée. Mais le destin, complice des rêveurs, me permit, après des années d’une quête acharnée, de retrouver ce trésor enfoui dans les limbes du temps.
Aujourd’hui, c’est avec une émotion profonde que je vous convie à en découvrir un extrait. Laissez-vous transporter, le temps de quelques images, vers le marché animé de Bayeux, tel qu’il s’offrait aux regards émerveillés de nos ancêtres… en 1956.
Depuis 1820, un séminaire fut présent sur les terres de Villiers le Sec, non loin de Creully.
Chaque année a lieu la distribution des prix qui commence toujours par l'allocution du Supérieur : "Il est des vérités que l’on ne saurait trop répéter, parce qu’elles sont le principe du bien que nous pouvons opérer dans le fieu de notre exil, et du bonheur qui nous attend, après notre passage dans notre patrie. Ne soyez donc pas surpris si, au moment de terminer vos travaux de l’année, je viens encore vous parler du bon emploi du temps. Vous allez, il est vrai, recevoir les couronnes, prix de vos efforts, et jouir d’un repos nécessaire; mais de nouvelles luttes se préparent et réclament une nouvelle ardeur. Vous voudrez donc bien prêter encore un moment d’attention aux dernières leçons dé l’amitié...."
| La chapelle |
![]() |
| La boucle du ceinturon des séminaristes |
En me garant rue de Bayeux, à Creully, je suis passé devant l’ancienne gendarmerie. À ma grande surprise, j’y ai aperçu une vieille pompe, vestige d’une époque où les habitants n’avaient pas encore accès à l’eau courante ou n’étaient pas encore raccordés au réseau. J’ai alors pris la liberté de l’immortaliser en photo et d’enquêter sur son histoire en fouillant dans ma collection de documents anciens consacrés à ma commune natale.
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| Une ancienne photo nous permet de constater un puit appelé "puit à la colonne". (Collection personnelle de Michel F.) |
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| Sur proposition du Maire, il fut décidé en 1865 de remplacer ce puit par une pompe. |
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| Avec l'arrivée de la fée électrique, elle sera surmontée d'un lampadaire. |
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| Elle est toujours en place après 1920 mais le point d'éclairage a disparu. |