Creully sur Seulles - Le médecin mort à la peine...

Le clocher de Creully sonnait lentement ce matin-là, le glas, enveloppant le village d’une tristesse lourde. On venait d’inhumer le docteur Jean Octave Bertin décédé le 17 juin 1890 à l’âge de 51 ans ; cet homme de cœur que tous regrettaient, surtout les plus humbles. Depuis des années, il veillait sur les corps et les âmes avec une bonté sans éclat, mais sincère.

Quelques jours auparavant, il avait été appelé auprès d’une femme dont l’enfant, hélas, était mort depuis longtemps dans son sein. L’accouchement fut pénible, désespéré. Dans l’effort, le docteur se blessa — une simple piqûre, pensa-t-il.
Mais la fièvre s’empara de lui, implacable. Quatre jours de souffrances, de délire, puis le silence.
La mort, discrète et cruelle, l’avait pris comme elle avait pris également la mère de l'enfant.
Ainsi s’éteignit le docteur Bertin, victime de son dévouement. Et dans les ruelles de Creully, on dit encore que certains hommes meurent d’avoir trop aimé leur devoir.

Lors de la réunion du conseil municipale de Creully du 7 juillet 1890, un des conseillers municipaux, proposa de concéder gratuitement le terrain dans lequel a été inhumé le docteur Bertin afin de témoigner la reconnaissance pour les soins donnés par lui aux indigents de la commune. Le maire, Monsieur Séjourné, estima qu’il serait peut-être dangereux de créer un précédent de cette nature. Le conseil rejeta cette proposition.