Les anciens de Saint Gabriel nous indiquent que le nom de "la Martinique" viendrait d'une grande manoeuvre de l'armée sous Louis XVI dont le but était d'expérimenter une nouvelle méthode de combat.
Le Camp de Vaussieux, septembre 1778
En ce mois de septembre 1778, alors que les feuilles commençaient à se parer des couleurs de l’automne, un camp militaire imposant prit vie sur la rive droite de la Seulles, à l’est de Bayeux. Trente-cinq mille hommes, infanterie et cavalerie confondues, s’y rassemblèrent, déployant leurs tentes et leurs étendards entre la grande route reliant Caen à la capitale du Bessin et les étendues verdoyantes s’étirant vers la mer. Ce camp, qui devait marquer les esprits, fut baptisé camp de Vaussieux, en hommage au maréchal de Broglie, commandant en chef, qui avait établi son quartier général au château de ce nom, niché dans la commune d’Esquay-sur-Seulles.
L’état-major, composé des plus illustres seigneurs de la Cour, y brillait de tout son éclat. Parmi eux, M. de Cheylus, évêque de Bayeux, se distingua par son faste et sa générosité, accueillant les officiers avec une magnificence qui reflétait l’opulence de l’époque.
Les troupes, divisées en deux corps, s’affrontèrent lors d’une petite guerre simulée, où la stratégie et l’honneur se mêlaient. Le maréchal de Broglie dirigeait l’un des camps, tandis que l’autre était placé sous les ordres du valeureux, mais tragique, Luckner. Ce dernier, déjà marqué par le poids des années, devait plus tard commander les armées françaises au début de la Révolution, avant de connaître une fin funeste sur l’échafaud en 1793. Après des manœuvres savantes, des charges de cavalerie retentissantes et des feux d’artillerie éclatants, la victoire sourit finalement aux troupes de Luckner. C’est à cet épisode que l’on doit le nom d’un hameau de la commune d’Esquay, baptisé la France, en mémoire de cette glorieuse journée.
Certains habitants locaux précisaient que "la Martinique" c'était peut-être le nom d'un des régiments présents.
Aucun régiment portait ce nom.
Vers la fin du mois d’août 1778, alors que les derniers feux de l’été embrasaient encore les campagnes de Normandie, les troupes destinées au grand camp commencèrent à affluer. Dès le 25 août, les régiments, disciplinés malgré le désordre ambiant dont les chroniques ont gardé la trace, prirent progressivement leurs quartiers. Avant même que le premier septembre ne sonnât, l’ensemble des forces était installé, ordonné sous les tentes comme les pièces d’un vaste échiquier militaire.
Aujourd’hui encore, le musée de Caen conserve une carte précise de ce camp de Vaussieux, dressée sur place en 1778. Ce document, témoin silencieux de l’histoire, rappelle l’éclat éphémère de ces journées où la Normandie fut le théâtre d’une page militaire aussi grandiose qu’oubliée.
Voici comment se déployaient ces hommes, dans un ordre aussi rigoureux que majestueux :
À l’avant-garde, face au bourg de Vaux-sur-Seulles, s’étendaient les régiments d’infanterie de Champagne, de la Reine — dont les étendards flottaient avec une grâce souveraine —, de Flandre et de Beauce, leurs uniformes alignés comme une muraille humaine.
Plus loin, devant le village d’Esquay, se tenaient, en une ligne ininterrompue, les régiments de Bassigny, de Médoc, de Soissonnais, de Rohan-Soubise, de Nivernais, de Bourgogne, de Conti, de Touraine, de Penthièvre, d’Aunis, du Roi, de la Couronne et de Forez, leurs enseignes claquantes sous le vent.
Derrière cette imposante phalange, plus près encore du château d’Esquay, avaient élu domicile les régiments de Royal-Bavière et de La Marck, ce dernier placé sous le commandement avisé du baron Félix-Louis de Wimpfen, dont la réputation de stratège n’était plus à faire.
Quant à l’artillerie, véritable nerf de la guerre, elle occupait une position clé : un
parc de quarante canons, servi par six compagnies du premier bataillon du régiment de Toul et une demi-compagnie d’ouvriers sous les ordres de Dupuget-d’Orval, avait été établi en avant de la ferme des Mares, sur la paroisse de Saint-Gabriel. Les régiments de Saintonge et d’Aquitaine, spécialement chargés de veiller sur ces redoutables engins, y avaient dressé leurs tentes, prêts à faire tonner le bronze au premier signal.
Ce n'est donc pas la raison du changement de nom pour devenir "la Martinique"
Articles précédents :
Sources: Archives nationales et départementales



