La Croix et la Bannière : Une légende de Bayeux disait-on.
« Faut-il la croix et la bannière pour vous faire venir ? »
La question résonnait souvent, teintée d’une ironie mâtinée d’impatience,
lorsque l’on attendait un retardataire. Mais qui, aujourd’hui, connaît
l’histoire cachée derrière ces mots ?
Plongeons dans la Normandie du XVIIe siècle, où les ombres de la cathédrale
de Bayeux s’étiraient sur les pavés usés par le temps. Là, les chanoines,
hommes de foi et de discipline, se levaient chaque nuit pour célébrer les
matines. Leurs voix graves s’élevaient dans le chœur, portées par la ferveur de
leur dévotion. Pourtant, même parmi ces serviteurs de Dieu, il en était un, un
bon prêtre au sommeil lourd, qui parfois succombait aux bras de Morphée. Les
heures passaient, et l’office commençait sans lui.
Alors, pour le tirer des profondeurs de son sommeil et lui épargner l’humiliation de sa paresse, ses frères chanoines, accompagnés des officiers de l’église, se mettaient en marche. La croix en tête, la bannière déployée, ils se rendaient jusqu’à sa demeure. Là, ils frappaient à sa porte avec un vacarme tel que le pauvre dormeur, réveillé en sursaut, comprenait enfin qu’il avait cédé trop longtemps aux douceurs du repos.
Cette tradition, encore vivace à Bayeux en 1640, a donné naissance à
l’expression que l’on utilise aujourd’hui pour signifier qu’il faut user de
grands moyens pour faire bouger quelqu’un. « Il faut la croix et la
bannière pour le faire venir. »
Et saviez-vous que cette formule, sous une forme légèrement différente,
remonte au XVe siècle ? Empruntée à l’italien, elle fut reprise en 1690 par
Antoine Furetière, ce poète et lexicographe français, auteur d’un Dictionnaire
universel. Pour lui, « il faut la croix et la bannière pour inviter
quelqu’un » signifiait qu’il fallait user de tant de solennité que
l’invité ne pouvait plus se dérober.
Ainsi, derrière chaque mot se cache une histoire, et derrière chaque proverbe, une tradition qui a traversé les siècles.
