Dans un paisible village de campagne vivaient deux voisins
dont les relations étaient devenues, avec les années, un véritable sujet de
conversation pour tout le canton de Creully.
Ils habitaient à quelques pas l'un de l'autre, mais tout semblait les opposer. Le moindre prétexte suffisait à rallumer leurs querelles : une haie taillée trop court, une poule aventureuse, une branche dépassant la clôture ou un regard jugé de travers. On disait volontiers qu'ils s'entendaient « comme chien et chat », et l'expression n'avait jamais été aussi bien choisie.
Or, un triste jour, le destin s'en mêla.
yeux hagards, sema la panique avant de se jeter sur le fidèle compagnon du premier voisin. Malgré les efforts des habitants, le pauvre chien fut mortellement contaminé. Par mesure de précaution, il fallut l'abattre.
Le maître, profondément attristé, décida de lui offrir une sépulture décente dans un coin de son jardin, tout contre la limite de la propriété voisine. Il y planta une petite croix de bois et, voulant rendre un dernier hommage à son compagnon, fixa au-dessus de la tombe une pancarte sur laquelle on pouvait lire :
À peine cette inscription fut-elle découverte que le voisin
entra dans une colère noire.
— Ah ! Cette fois, c'en est trop ! s'écria-t-il. Me
comparer à un chien, et de surcroît m'insulter jusque sur une tombe ! Nous
allons voir ce qu'en pense la justice !
Sans perdre un instant, il alla trouver la maréchaussée.
Le chef des gendarmes, homme grave et peu enclin aux
plaisanteries, écouta longuement les doléances du plaignant avant de convoquer
l'auteur de la fameuse épitaphe.
— Que signifie exactement cette inscription ? demanda-t-il
d'un ton sévère.
Le propriétaire du chien ne parut nullement embarrassé.
— Mon brigadier, répondit-il avec le plus grand sérieux, il n'y a là aucune intention offensante. L'an dernier, j'avais un chat d'un caractère épouvantable. Il griffait tout le monde, chapardait chez les voisins et ne valait pas le diable. Lorsqu'il mourut, je l'enterrai justement de l'autre côté de cette clôture. Lorsque mon pauvre chien est venu le rejoindre, j'ai simplement voulu éviter toute confusion. J'ai donc écrit que mon chien possédait autant de qualités que l'animal d'à côté avait de défauts. Je parlais de mon ancien chat... rien de plus !
Le chef de la maréchaussée fronça les sourcils.
— Hum... voilà une bien singulière épitaphe...,
marmonna-t-il en se grattant la moustache.
exemplaire, relata l'affaire dans ses moindres détails et transmit le dossier à ses supérieurs.
Quelques jours plus tard, la réponse tomba.
Après lecture du rapport, les autorités éclatèrent de rire. Elles estimèrent que cette querelle relevait davantage de la malice villageoise que de la justice. L'affaire fut donc classée sans suite.
Et
chacun conclut, non sans sourire, qu'en cette histoire de chien... il n'y avait
décidément pas de quoi fouetter un chat.







