Par une douce nuit de juin 1875, alors que le paisible bourg de Creully semblait plongé dans le plus profond des sommeils, un événement aussi inattendu que cocasse allait bientôt alimenter les conversations de tout le canton.
Vers deux heures du matin, un fermier demeurant sur la route de Saint-Gabriel fut pris d'une soudaine envie d'inspecter ses bâtiments. Était-ce un pressentiment ou une simple habitude de paysan prudent ? Toujours est-il qu'en gravissant l'échelle menant au grenier, sa lanterne éclaira une silhouette recroquevillée dans la
Est-ce la ferme de la mésaventure ?
pénombre.
À sa grande stupeur, ce n'était ni un vagabond ni un rôdeur inconnu, mais un solide gaillard du pays, que nous appellerons François Jolicoeur.
Surpris en si fâcheuse posture, le jeune homme perdit aussitôt toute son assurance. Le visage défait, incapable de fournir la moindre explication crédible, il balbutia quelques mots sans suite. Sa présence, à une heure aussi indue et dans un lieu aussi insolite, ne pouvait qu'éveiller les pires soupçons.
Persuadé d'avoir mis la main sur un voleur, le fermier envoya aussitôt quérir le maire et le garde-champêtre.
Le maire arriva le premier. Avec tout le sérieux que commandait sa fonction, il entreprit d'interroger le suspect. Mais plus les questions se succédaient, plus le pauvre François s'embrouillait dans ses réponses, au point de s'enfoncer davantage dans son embarras.
C'est alors que le destin, sous les traits de la robuste Jeanne, la servante de la ferme, fit irruption dans le grenier.
À la vue du maire aux côtés de François, son visage s'illumina et, sans mesurer la portée de ses paroles, elle s'écria avec une joie désarmante :
— Ah ! François, c'est ben gentil d'être venu au rendez-vous... et d'avoir amené M. le maire pour le mariage ! Mais... ous' qu'est donc son écharpe ?
En une seule phrase, toute l'affaire fut éclaircie.
Le prétendu voleur retrouva aussitôt sa liberté, tandis que le fermier, le maire et le garde-champêtre ne purent retenir un sourire devant une méprise aussi savoureuse.
Quant à François et à la grosse Jeanne, nul doute que cette aventure précipita les événements : un mois plus tard, ils étaient promis à unir leurs destinées... cette fois devant Monsieur le Maire, dans les règles de la loi.
Pour le reste...
Eh bien, chers lecteurs, cela ne nous regarde pas.
